Le Royaume des cieux (Matthieu 4,12-25)

Prédication du dimanche 25 janvier 2026

C’est un jour lumineux. Jésus prend la suite de Jean. Il annonce avec les mêmes paroles la conversion, le changement radical et l’approche du règne de Dieu. Il apporte en plus la guérison. Il vient aux marges, au bord de la mer de Galilée qui fait la frontière avec les nations. Tout commence.

 

Jésus se lance avec vivacité dans sa mission, et nous entraîne dans le même élan, dans un rythme dynamique, presque cinématographique. Il quitte son enfance à Nazareth, et marche vers le service qu’il veut offrir. Et sur son chemin, il trouve deux frères, et encore deux frères, et des foules.

 

Nous aussi, nous sommes appelés à rejoindre son enthousiasme, son mouvement de victoire de la vie.

 

Et en particulier, trois mots sur lesquels je voudrais insister : laisser, suivre, et le Royaume.

Laisser

Laisser, quitter, encore une fois c’est ce lâcher-prise qui libère.

 

Pas facile de tout laisser ; et pourtant, quelle joie !

« Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L’homme qui l’a trouvé le cache ; et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il a, et achète ce champ. » (Matthieu 13,44).

C’est ce que font en substance les quatre apôtres appelés : ils abandonnent tous leurs moyens de subsistance, leur compétence, leur sécurité financière, pour entrer dans l’inconnu ; pour faire connaissance avec cet inconnu qui est Jésus.

 

Ce que le texte ne dit pas, c’est tout ce qui se passe en eux pour qu’ils agissent ainsi. Il leur faut une grande foi, une immense confiance, pour se lancer dans cette merveilleuse folie, suivre le Christ. Quel effet il a dû produire sur eux ! Quel bouleversement, quel renversement de toute leur vie ! Face à Jésus, tout ce qui les définissait et les constituait perd soudain son sens et son importance. Il est là, et c’est une nouvelle vie qui commence.

 

Tout a changé. Voilà dans sa forme la plus radicale la conversion, le virage à 180 degrés. Oui, pour qu’ils laissent tout, ils ont vraiment dû trouver un trésor inimaginable.

 

Le texte ne prend même pas la peine de dire s’ils rapportent le filet, s’ils disent au revoir à leur père ; apparemment ils partent immédiatement, sans préparatifs, sans étape de conclusion, sans adieu, sans transition, sans un regard en arrière. Ils laissent leur activité inachevée – car ils ont trouvé plus important, ils ont trouvé leur vie.

 

Nous aussi, Dieu nous demande peut-être de lâcher une chose, pas forcément tout. Mais pensez à une chose, c’est l’Esprit saint qui vous l’inspirera. Une chose qui vous retient en arrière, vous empêche d’avancer.

 

Pour moi c’est je crois un regret, un goût amer qui reste, une relation perdue, un péché que je n’avais pas reconnu, et qui restait comme un poil à gratter, des pensées qui s’attachaient à un passé qui n’est plus. Mais dans la lumière de Jésus, voici le pardon, la libération, la nouveauté de vie, et le bonheur des surprises qu’il nous réserve. Laisser, ce n’est pas une perte, c’est une délivrance.

Suivre

Alors Pierre, André, Jacques et Jean peuvent suivre Jésus. Ce verbe suivre est répété trois fois, après l’appel que Jésus lance : « venez après moi ! » Pierre et André suivent ; Jacques et Jean suivent… et les foules suivent !

 

Cet élargissement aux foules est ouvert pour nous. Que nous aussi même parmi les anonymes, nous suivions Jésus !

 

Suivre, accompagner, devenir un acolyte, presque un compagnon. Voici Jésus qui nous guide et nous entraîne avec lui, nous emmenant sur des routes jamais traversées, des itinéraires inédits. Quelle aventure ! Suivre Jésus, c’est donc moins une obéissance qu’une extraordinaire chevauchée, les cheveux dans le vent de la vie.

 

 

Là aussi, quelle force d’attraction a dû exercer Jésus, quelle fascination sur ceux qui ont croisé son regard, entendu ses mots !

Régner

Où nous emmène-t-il ? Dans un autre monde, une contrée mystérieuse et inexplorée qui s’appelle le royaume des cieux. Nous avons décollé, nous ne sommes déjà plus sur la terre mais au-dessus des nuages, dans l’immensité presque infinie de cet espace. Nous sommes auprès de Dieu. Le Royaume cependant s’est approché, nous pouvons donc le vivre sur terre. Le règne de Dieu est inauguré aujourd’hui par Jésus.

 

S’il est un espace de Royaume, et un temps de Règne, c’est qu’il existe un roi. Le Seigneur est roi, il est entré dans son règne, et sa royauté s’étend sur toute la terre.

 

Toute ? N’y a-t-il pas une partie de notre cœur, de nos pensées, de notre temps, de nos soucis, de nos rêves et désirs, qui résistent toujours ? Aujourd’hui est peut-être le jour où le Seigneur demande à devenir pleinement roi en nous. Il régnera. Nous l’aimerons de tout notre cœur, notre âme, notre force, notre intelligence.

 

Voilà peut-être une radicalité à laquelle Dieu nous appelle maintenant, à partir de là où nous sommes, pour faire un pas de plus avec lui.

« Car notre cité, à nous, est dans les cieux » (Philippiens 3,20).

« Vous êtes concitoyens des saints, membres de la maison de Dieu. » (Éphésiens 2,19).

« À celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang et qui a fait de nous un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père, à lui la gloire et le pouvoir à tout jamais ! Amen ! » (Apocalypse 1,5-6).

Oui la royauté est pour nous aussi, car nous sommes fils et filles de Dieu, membres de la famille royale.

 

À qui est le Royaume des cieux ? Aux pauvres ; aux pauvres à l’esprit, au souffle. Cela signifie peut-être ceux qui sont essoufflés, physiquement et spirituellement. Ou bien au lieu de pauvres il faudrait traduire plus finement : mendiant. C’est-à-dire que l’important n’est pas seulement de reconnaître notre manque, nos besoins insatisfaits, notre insuffisance, de richesses matérielles mais aussi de tous les trésors spirituels. Mais il s’agit d’entrer dans cette attitude de l’être humain qui mendie, qui quête, qui crie, qui projette toute sa faible puissance en vue d’atteindre l’autre, de le toucher, de créer une relation. Cette supplication, c’est la prière. Celui qui mendie spirituellement, à partir de son souffle humain pour demander le souffle de Dieu.

 

Alors à celui-là qui demande, Dieu donne, il donne non pas la moitié de son royaume, mais tout.

« Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! »

C’est la première béatitude, qui commence trois versets après la fin de notre passage (Matthieu 5,3). Oui Jésus oriente toute sa proclamation vers la royauté des cieux, le règne de Dieu en nous et sur toute la terre. Telle est son heureuse annonce, la bonne nouvelle évangélique.

 

Il nous donne le royaume des cieux, comme la terre qu’il a juré de nous donner, une terre où ruissellent le lait et le miel. Voilà pourquoi les disciples abandonnent tout, voilà pourquoi ils le suivent.

 

Et nous aussi, nous sommes invités à cette élévation princière et céleste, à cette puissance de vie, de liberté, d’amour et de fraternité ! Venez, vite, suivons-le ! Et ne perdons pas de vue Jésus Christ notre Sauveur, et maître de la vie ! Si nous l’écoutons et suivons sa voix, il saura nous conduire sur des prés de verdure où nous, les pauvres spirituels, nous ne manquerons de rien, car il nous donne tout.

 

Amen !

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