Triple expérience humaine
Jésus fait d’abord l’expérience du manque, sous sa forme la plus concrète, la faim. Faut-il combler immédiatement cette faim ? Et est-ce possible ? Le ventre plein, solution de facilité, sommes-nous vraiment comblés ? La faim revient. Nous pouvons vivre cette faim dans le sens positif du désir et de l’attente. Nous ne sommes pas rassasiés de vivre, nous avons faim, nous avons goût à la vie.
« Heureux les affamés et assoiffés de justice : ils seront rassasiés ! » (Matthieu 5,6).
La deuxième épreuve est celle des sensations fortes, des émotions extrêmes, en particulier quand nous voulons défier la mort. C’est vivre au bord du précipice, avec une témérité euphorique. Être porté par les anges, c’est-à-dire voler au-dessus des limites humaines. Je pense au sport : saut en parachute, escalade, ski hors piste ; mais aussi peut-être une passion amoureuse toujours en quête de sensations nouvelles, toujours plus haut, plus exaltant. C’est l’adrénaline et l’extase. Ne serait-ce pas une tentative purement humaine de nous transcender par nous-mêmes ? Plus dure est la chute, quand nous réalisons que nous ne sommes pas des dieux, et que nous ne pouvons pas défier la pesanteur.
La troisième épreuve est un rêve de puissance. Devenir millionnaire en trois ans grâce à un business plus ou moins légal sur internet : le pouvoir de l’argent. Vivre une vie de princesse royale, dans l’abondance du luxe, de l’art, de la beauté, où tous les désirs sont exaucés : un pouvoir de séduction. Ou très brutalement, lancer une guerre de conquête pour posséder un territoire toujours plus grand, en sacrifiant au passage d’innombrables vies et en bafouant la liberté des peuples : le pouvoir des armes. Finalement, dominer les autres humains par l’intelligence, la force ou tout autre qualité. Toutes ces envies nous sont largement vantées par la publicité, le cinéma, les séries télévisées, les livres, les réseaux sociaux.
« Heureux les doux : ils hériteront la terre ! » (Matthieu 5,5).
La terre n’est pas aux violents, mais aux doux ; elle n’est pas conquise, mais donnée par notre Père en ciel.