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Dieu dans le noir (Matthieu 46-47 et Psaume 22)
Veillée du vendredi saint 3 avril 2026
Seigneur Jésus, tu t’es senti abandonné par tous, par tes disciples et même par Dieu. Mais Dieu reste mon Dieu, même quand il paraît absent. Cette question surgit, lancinante : pourquoi ? Pourquoi ce silence, pourquoi la souffrance alors que la foi demeure, que Dieu existe et nous aime ?
Seigneur Jésus, tu as subi les moqueries, les hommes autour qui te regardent comme des bêtes sauvages, des prédateurs avec la haine au fond des yeux.
Tu as eu soif, la gorge desséchée, cette angoisse qui devient physique et fait mal à la tête et à tout le corps.
Pourtant, tu crois, et tu pries. Et la prière devient un cri de survie. Et soudain un autre cri, de joie celui-ci : tu m’as répondu ! Et la plainte devient louange, action de grâce, reconnaissance, chant pour le Seigneur qui entend.
Ce soir est un temps pour l’émotion, pour sentir la douleur de Jésus, et par là la force de son amour.
J’aime ce temps du vendredi saint, malgré l’atrocité de la passion. Un temps où je m’immerge dans ce long récit biblique, interminable comme l’attente de Jésus et ses interrogatoires qui se prolongent par-delà la nuit du jeudi au vendredi.
Quand je prie le soir, je réfléchis moins, je m’abandonne davantage ; pour que ce soit Dieu qui me porte. Que Dieu nous porte aujourd’hui comme un papa porte son enfant, dans un geste de tendresse. Devenir papa change un homme. Devenir père change Dieu.
Se révèle alors la douceur de Dieu, sa compassion, son attention ; il est le Dieu qui s’abaisse et qui a peur pour la vie de son enfant.
Il fait sombre à Gethsémani, les disciples ont sommeil, leurs yeux sont appesantis, et ils sont incapables de résister. Et c’est là l’humanité, cet écart, cette faille, ce gouffre entre ce que nous voudrions et ce que nous sommes capables de faire. Les disciples veulent suivre Jésus, mais ils l’abandonnent ou même le renient. Ils veulent veiller et prier, mais leurs yeux se ferment et leur esprit divague.
Jésus, lui, parvient à prier à notre place et pour nous tous. Il prie cet abandon à son Père : Que ta volonté soit faite. Oui notre Père qui es aux cieux, que ta volonté soit faite.
Que nous puissions veiller et prier, demeurer avec toi, demeurer dans ton amour, amen.
Voici une arrestation par un baiser.
La trahison apparaît d’autant plus grande qu’elle se déguise sous les traits de l’amour. Ce baiser est pire qu’une gifle, parce qu’il efface la confiance, et la vérité des gestes d’affection. Il n’y a plus de sincérité.
Ou bien, car ce baiser est un signe. Ou bien ce baiser signifie qu’il reste de l’amour en Judas. C’est un geste d’adieu. Rien ne peut effacer le sens premier du baiser, qui indique un ami. Judas, à sa manière, aimait encore Jésus, et ce geste était déchirant, et sincère presque malgré lui. Judas a décidé de trahir Jésus, mais ses émotions le trahissent à son tour, et il ne peut que l’embrasser. C’est je crois le seul vrai baiser que reçoit Jésus dans les évangiles.
Quand Judas annonce aux gardes son intention, il emploie le verbe philo, aimer d’amitié ou aimer de passion, et manifester concrètement cet amour par un baiser. Mais au verset suivant, quand il vient face à Jésus, son action est décrite par un verbe plus fort : kataphilo, on pourrait dire couvrir de baisers. Judas est dépassé, il est saisi. Comme rattrapé par son inconscient, comme un acte manqué, ou réussi, il ne peut que ressentir ce débordement d’amour au contact de Jésus.
Je crois qu’il y a une sincérité qui s’ignore dans ce baiser de Judas à Jésus. Et nous aussi, Seigneur, quand nous te trahissons, que ce soit par un geste d’amour, que ton amour nous rattrape.
Ce n’est plus un homme qui te livre, c’est toi qui te donnes.
« Mais il ne répondit rien » (Matthieu 27,12).
Quand personne n’écoute vraiment, donne-nous la sagesse du silence. Donne-nous le secret de ta sérénité paisible, inébranlable, sans colère, une grande force de non-violence et de maîtrise intérieure.
Que ce silence soit l’espace pour ouvrir à l’écoute, pour découvrir qui tu es. Que se taisent débats sans fin et arguments polémiques. Dans la subtilité du silence dont pas même une brise ne vient briser l’immobilité, révèle-toi. Tu n’es pas le Dieu du fracas et des coups de force ou d’éclat, tu es tout intérieur.
Jésus va mourir, et pourtant, il fait encore une rencontre. Simon porte avec lui sa croix. Simon-Pierre n’a pas eu la force d’affirmer le Christ, devant le danger et la peur viscérale pour sa vie. Dieu envoie alors sur la route de son fils un autre Simon pour le soulager.
L’humanité trouve encore un visage lumineux, consolateur, qui ne porte pas seulement la croix, qui porte l’espérance.
Simon ne reçoit ici qu’un verset, il est discret. Et pourtant sa rencontre avec Jésus l’a transformé, l’a marqué à vie, et l’a fait connaître au monde.
Donne-nous Seigneur de ne pas être de ceux qui ajoutent encore leurs insultes, leurs moqueries, leurs sarcasmes et leurs jugements à l’être humain déjà humilié. Donne-nous d’aider à alléger un peu le fardeau des autres.
Nous voulons te contempler, toi le roi, sur la croix, roi dépouillé de tout, et roi malgré tout. Tu révèles ainsi le visage de Dieu, tel que nous n’aurions jamais pu l’imaginer.
Le monde est en deuil aujourd’hui. Deuil pour les centaines de milliers de morts de la guerre russo-ukrainienne. Deuil pour les Iraniens, les Palestiniens, les Israéliens, les Libanais et tous ceux qui ont été impactés par la guerre. Deuil pour les autres conflits méconnus, en République démocratique du Congo, en Arménie ou ailleurs.
Dieu est en deuil car il a perdu son fils. Car il a perdu tant de ses enfants dans le monde entier, à cause de la haine et du rejet de l’amour.
Tu ne tueras point. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Et l’étranger, tu l’aimeras comme toi-même. Et voilà : l’innocent reçoit la peine de mort, et expire en souffrant.
Et cela faisant, Jésus se place pour toujours entre les deux malfaiteurs, là où l’être humain souffre. Il est présent. Il ne va pas seulement visiter le prisonnier, il meurt à côté du criminel. Il est Dieu avec nous, Emmanuel.
Seigneur, devant la tragédie de la violence homicide des hommes, nous te prions, apporte l’impossible paix, la paix du ciel sur la terre.
Et s’ouvre maintenant un temps d’attente, entre le premier jour et le troisième jour. Voici le samedi saint, le jour du shabbat, jour de repos, jour de liberté. Un jour pour faire une pause. Ce jour vide est justement comme chaque shabbat, une fête au Seigneur.
Ce temps au tombeau est mystérieux, comme la mort.
Et c’est peut-être à ce moment-là que tout s’accomplit, sous la terre, comme en secret. Sous la terre, c’est le cimetière et le séjour des morts, un monde des ombres. Jésus est descendu aux enfers, dit le symbole des apôtres. Il est descendu dans la mort, pour la remplir de sa présence.
Il est descendu auprès des morts, pour les libérer de leur non-vie. Il est venu libérer tous les morts-vivants, les non-morts qui ne vivent pas non plus.
Quand les orthodoxes représentent en icône la résurrection, ce n’est pas la seule résurrection du Christ. Il ouvre les tombeaux, et c’est toute l’humanité morte depuis Adam et Eve qui en sort, éveillée, ressuscitée.
Jésus est descendu sur terre, il est aussi descendu sous terre, pour nous faire monter avec lui au ciel.
Sous la terre, dans ce temps de repos, il est comme une semence qui germe en secret, sans que l’être humain sache comment. Cette germination, c’est la promesse de l’humanité nouvelle qui va fleurir dans un nouveau printemps.
C’est comme un œuf qui contient la promesse d’une vie, d’une éclosion, d’une naissance, d’une venue au monde. Un œuf de pâques.
Voici samedi saint, un jour silencieux où s’accomplit le mystère de la grâce de Dieu. Et bientôt l’aube à venir du jour du Seigneur se découpera à l’horizon et déchirera la nuit.
Cette attente pleine d’espérance est aussi la nôtre : Maranatha, viens Seigneur Jésus (1 Corinthiens 16,22 ; Apocalypse 22,20).