Dieu a tant aimé le monde (Jean 3,16-18)

Prédication du dimanche 31 mai 2026

Le verset de Jean 3,16 est assez connu dans certains milieux, parce qu’il est vu comme un résumé de l’essentiel de la foi chrétienne. D’un autre côté, il n’est pas facile, parce que la phrase est longue et dense.

 

Je propose de nous concentrer sur deux éléments : « Dieu a tant aimé le monde », et « vie éternelle ». « Dieu a tant aimé le monde », pour que nous ayons la « vie éternelle ». Ensuite nous approfondirons le verset suivant, qui dit que Jésus n’est pas venu nous juger, mais nous sauver.

Le monde !

Dieu aime le monde. Dieu est amour, oui, c’est vrai ! Mais le plus étonnant, c’est le monde. Kosmos en grec, l’univers donc.

 

Jésus aurait pu dire que Dieu aime les Juifs, son peuple, ou qu’il aime ceux qui font confiance à Jésus, son Fils. Il aurait pu dire qu’il aime tous les païens, toutes les nations non-juives qui se convertissent. Il aurait pu dire qu’il aime tous les humains. Il dit toujours plus. Son amour, il le donne à tous les humains, croyants ou non. Comme Paul écrit aux Galates,

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ. » (Galates 3,28).

L’amour de Dieu est pour tous, sans distinction d’origine ou de sexe ou de statut social, ou même de religion. Il est sans condition. Il est déjà donné, accompli, au passé.

 

Mais encore, si Dieu aime le cosmos, il aime non seulement tous les humains, mais aussi les plantes, les animaux, les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les poissons des mers. Il aime toute sa création, même le non-humain que nous méprisons si facilement. Nous oublions les animaux et les plantes et chaque être vivant, mais Dieu ne les oublie pas dans son amour.

 

De plus, le monde n’est pas gentil, chez Jean ! Il est décevant, dès le commencement, dès le premier chapitre.

« La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde. Elle était dans le monde, et le monde est venu à l’existence par elle, mais le monde ne l’a jamais connue. » (Jean 1,9-10).

Que fait Dieu alors ? Il donne son Fils. « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » (Jean 1,29). « Et Pilate leur dit : Voici l’homme. […] Voici votre roi. » (Jean 19,5-14). L’agneau va être sacrifié, Jésus va être crucifié.

 

Et tout cela, pour enlever « le péché du monde ». D’où il ressort, premièrement, que le monde est pécheur ; le monde rejette Jésus et le fait mourir. Et deuxièmement, que Dieu veut sauver du péché justement ce monde pécheur. Il aime ce qui n’est pas aimable. Il aime ses ennemis. Dieu a tant aimé ses ennemis qu’il a donné son Fils unique pour eux, pour qu’ils aient la vie.

 

Paul écrit aux Romains :

« le Christ, en son temps, est mort pour des impies. A peine mourrait-on pour un juste ; peut-être quelqu’un aurait-il le courage de mourir pour un homme bon. Or voici comment Dieu, lui, met en évidence son amour pour nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. » (Romains 5,6-8).

Dieu a tant aimé le monde pécheur dont nous faisons partie, qu’il nous a pardonné en dépit de tout.

La vie !

La vie éternelle. Évidemment, dans le mal de notre monde, nous allions périr, nous étions perdus. Et Jésus nous a fait vivre.

 

Définition de la vie ? La vie vient de la Parole, du Verbe de Dieu, Jésus : « en elle était vie, et la vie était la lumière des humains. » (Jean 1,4). La vie est comme la lumière, source de joie, de couleurs, d’activités au soleil du jour, les yeux ouverts sur le monde qui devient visible, un kaléidoscope d’impressions, d’émotions.

 

En attendant de trouver le but de la vie, en tout cas chez Jean le but et la conclusion de l’évangile est la vie :

« Mais ceux-ci sont écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20,30).

 

Dans mon adolescence, j’ai participé à un camp de jeunes chrétiens appelé « Réussir sa vie ». N’est-ce pas là un bel enjeu, un beau programme vraiment motivant ? À l’orée de l’âge adulte, tout semble possible, une vie presque infinie s’ouvre devant nous. J’éprouvais presque un vertige devant l’immensité des choix possibles et cette liberté nouvelle. Et pourtant, à mesure que j’avance dans la vie, je me rends compte que ce que je pourrai accomplir dans ma vie restera limité. Les actes et les expériences de ma vie ne refléteront jamais tout l’infini du désir que je porte en moi. Il ne s’agit pas tellement de faire quelque chose de sa vie ; et parfois nous ne pouvons rien faire. Réussir sa vie, c’était peut-être vouloir me prouver qui j’étais, et me sauver soi-même. En fait, nous ne contrôlons pas notre vie. Certains choix sont les nôtres, mais des événements arrivent et nous dépassent.

 

La vie n’est pas une œuvre à réussir de notre part. Elle est d’abord un don de Dieu. Dieu a donné son Fils unique, et en conséquence directe nous avons la vie. Comme si ce Fils était lui-même la vie, porteur de vie. Mais oui, il a dit : « Je suis le chemin, et la vérité, et la vie. » Dieu nous a tant aimé qu’il nous a donné la vie elle-même, en la personne de son Fils.

 

Non seulement l’existence, mais la vie pleine et entière, surabondante, et qui nous comble, nous remplit de joie, nous fait déborder de lumière !

 

Quel est le sens de la vie ? Car aujourd’hui, beaucoup dépriment et vont consulter un psy parce que pour eux, la vie n’a pas de sens, n’a pas de but, n’a pas de goût. Or cette vie de Jésus va plus loin que la simple existence, car elle se remplit d’une essence lumineuse, d’un souffle saint, d’une identité nouvelle d’enfants adoptifs de Dieu, aimés d’un Père. Cette vie là a nécessairement un sens, qui est donné par l’amour à recevoir et à donner, par les paroles de la vie éternelle à écouter, à garder et à partager ! Cette vie-là n’a jamais envie de mourir, mais toujours de vivre, puisqu’elle est la vie avec un grand V ! Avec un grand J de Jésus qui est la vie.

 

Parfois, on entend dire que la vie éternelle, c’est pour demain. Ou bien, la vie éternelle, c’est pour aujourd’hui. En fait, la question n’est pas simple à trancher, car on peut trouver des versets bibliques sur la vie éternelle au présent, et d’autres sur la vie éternelle à venir. Mais faut-il choisir ? La vie éternelle est-elle seulement avant la mort, ou seulement après la mort ? Non, c’est la vie toujours, aujourd’hui comme demain, sur la terre et au ciel. Une vie illimitée dans le temps, et toujours nouvelle en Dieu le créateur, qui n’a pas fini de créer.

 

Ésaïe 65, l’avant-dernier chapitre, évoque l’avenir : « Égayez-vous plutôt et soyez pour toujours dans l’allégresse à cause de ce que je crée ; car je crée Jérusalem pour l’allégresse et son peuple pour la gaieté. » (Ésaïe 65,18).

 

Telle est la vie que Dieu nous donne à l’infini.

La grâce anti-jugement

« Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé. » Quelle bonne nouvelle encore pour nous ! Ce monde atroce qui passe à la télé, qui est donc marqué par ces horreurs que vous connaissez et que la le langage religieux appelle le péché, ce monde n’est pas jugé, mais sauvé. Je suis sauvé, tu es sauvé, il est sauvé, nous sommes sauvés, les petits lapins et les moustiques sont sauvés, les fraises des bois et les roses et les orties sont sauvées.

 

Les moustiques et les roses et les orties ne sont pas jugés plus que les petits oiseaux et que ce féroce prédateur qu’est notre ami le chat.

 

Car Dieu les aime tous, et nous aime aussi. Il aime aussi l’être humain qui fait des guerres et réchauffe le climat et défigure les paysages et exploite les animaux vivants comme des esclaves et comme des choses. Dieu a regardé sa création, c’était très beau. Il espère encore que le monde sera à son image et à sa ressemblance, selon sa bonté et sa beauté extraordinaire.

 

Au lieu de juger comme un tyran vengeur ou une caricature de divinité, et de condamner, il sauve. Il donne un sauveur au monde criminel.

 

Telle est la grâce infinie de Dieu. Comme le résume si bien la lettre aux Éphésiens :

« Mais Dieu est riche de compassion et, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts du fait de nos fautes, il nous a rendus vivants avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés. […] Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » (Éphésiens 2,4-5.8).

 

Devant le monde tragique, nous avons cette grande espérance pour le monde lui-même, pour la planète et l’univers. « Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. » (Romains 8,19). Nous sommes une espérance pour le monde, la lumière du monde. C’est le don de Dieu, la lumière de Jésus. Au lieu de nous juger, Dieu nous aime ; nous fait vivre ; et nous sauve !

 

Alléluia !

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