Tous guéris et appelés (Matthieu 9,35 – 10,8 et Exode 19,2-6)

Prédication du dimanche 11 juin 2026

Brebis innocentes

Première joie : nous ne sommes pas jugés.

 

Parfois nous nous sentons fatigués, épuisés, comme toutes ces foules. Notre lassitude est en partie physique, en partie mentale et spirituelle.

 

Jérémie 50,6 : « Mon peuple était un troupeau de moutons perdus ; leurs bergers les égaraient, ils les faisaient tourner en rond dans les montagnes ; ils allaient de montagne en colline, oubliant le lieu de leur repos. »

Ces bergers qui n’en sont pas vraiment ne prennent pas soin des brebis. Ces mots portent un jugement très critique sur les dirigeants.

 

Le peuple attend un meilleur homme ou une meilleure femme politique. Il attend aussi quelqu’un qui les fasse cheminer spirituellement, qui les amène à un pâturage de vie, et les désaltère de l’eau qui comblera leur soif. Il attend un vrai berger.

 

Mais seul Dieu peut l’être, et ne pas décevoir. Alors il va venir lui-même. C’est la promesse d’Ézéchiel 34 :

« C’est moi qui ferai paître mon troupeau, c’est moi qui ferai coucher les bêtes – déclaration du Seigneur DIEU. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée et je ferai reprendre des forces à celle qui est malade. » (Ézéchiel 34,15-16).

 

Jésus est saisi aux entrailles, touché viscéralement, remué au plus profond de ses tripes. C’est ainsi qu’est exprimée très concrètement son émotion de tendresse, de compassion maternelle.

 

Les brebis sont perdues. Quand j’entends « brebis perdue », j’imagine que l’une d’elles s’est égarée, est allée n’importe où. Je pense au fils prodigue qui a fait sa crise d’adolescence, a quitté la maison de son père, et a dilapidé son héritage jusqu’à tout dépenser, et se retrouve au milieu des cochons. Bref, je me dis que cette brebis a eu tort de se perdre et qu’elle a quelque chose à se faire pardonner pour être réintégrée.

 

Mais en fait non. Ici, la brebis perdue n’a rien fait de mal. La cause de l’égarement, c’est l’absence de berger. La brebis n’est pas la coupable d’un vagabondage, mais la victime d’un abandon. Jésus est simplement malheureux avec elle.

 

Et c’est peut-être le regard que Jésus porte sur le monde. Il ne juge pas. Il est triste de tous ces humains malheureux, qui ne savent pas où aller, et qui tombent, et qui s’écrasent, et qui se blessent dans les aspérités de la vie.

 

Alors Jésus vient comme le vrai berger, non pas un boucher ou un juge, mais un vétérinaire ou un médecin.

Malades guéris

Deuxième joie : Jésus nous guérit.

 

Il guérit tous les malades. Il veut nous guérir. Guérir notre monde qui souffre, et qui meurt, et le prendre dans ses bras, l’apaiser profondément, panser ses plaies, le remettre debout, lui réapprendre à marcher.

 

Et il lui faut des aides-soignants, des infirmiers, et voilà les douze apôtres.

Moisson abondante

Troisième joie : Les dons de Dieu sont abondants.

 

La moisson est multiple. Il y a tant à récolter qu’on manque d’ouvriers, il faut embaucher des saisonniers ! On recrute !

 

Après les brebis, la moisson donc est une deuxième image agricole, et celle-ci vraiment positive. Elle est signe d’une bénédiction de Dieu.

 

Dieu l’avait promis à Noé après le déluge :

« Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l’été et l’hiver, le jour et la nuit ne cesseront pas. » (Genèse 8,22).

Il a dit à Moïse :

« Tu observeras la fête de la moisson, des prémices de ton travail, de ce que tu auras semé dans les champs » (Exode 23,16).

Jésus annonce des jours de fête, des jours où tout ce que nous avons fait produit enfin des fruits, et nous n’avons plus qu’à prendre toute cette richesse du ciel et de la terre.

 

Les brebis souffrent, et pourtant le don de Dieu, et la fête sont là, à portée de mains, à saisir. Le temps est accompli, c’est la saison, le bon moment, l’instant divin. Un temps pour rassembler.

 

Après avoir labouré, semé, arrosé, peiné, attendu, voici la moisson où tout a grandi, et s’est multiplié. Là où nous étions désespérés d’être si peu nombreux, nous constatons une croissance vive. Ce qui était tout petit à l’origine, comme une graine, s’est développé silencieusement pour créer des centaines de graines nouvelles. Notre petite Église a grandi. Notre foi minuscule comme un grain de moutarde est devenu un arbre plein de vie.

 

Que Dieu nous donne de voir non seulement nos malheurs et ceux du monde, mais aussi l’immensité de ses bénédictions. Oui Seigneur merci, nous te louons pour tout ce que tu nous donnes, en abondance à récolter.

 

Oui Seigneur, nous t’en prions, envoie des ouvriers pour ta moisson, pour agir à tes œuvres merveilleuses.

Tous appelés et choisis

Quatrième joie : Dieu nous appelle.

 

Il beau d’être appelé. Jésus s’est choisi des amis, un par un, il a pris du temps avec eux pour les connaître. Ils sont douze, mais chacun est nommé individuellement, et tant pis si la liste est un peu longue. Car Barthélemy n’est pas Jacques, et Philippe diffère de Thaddée comme Thomas a une personnalité différente d’André.

 

Ils étaient jusque-là des disciples, c’est-à-dire des apprentis, des apprenants, en apprentissage parce qu’ils avaient beaucoup à apprendre. Ils deviennent apôtres, c’est-à-dire envoyés en mission. Ils ont maintenant quelque chose à dire, un message brûlant qu’ils portent en eux, ils reçoivent cette autorité, cette urgence et cette responsabilité. Ils vont agir, et faire comme Jésus.

 

Comme Jésus, ils vont annoncer que Dieu règne, ils vont guérir, purifier, ressusciter, libérer tous ceux qu’ils rencontreront. Jésus leur donne autorité, un pouvoir, une puissance qui ne vient pas d’eux.

 

Alors nous pourrions nous dire que c’est magnifique pour ces douze apôtres, ou peut-être d’autres personnes exceptionnelles par leur foi, mystiques ou spirituelles, saintes, hors du commun. Et que nous ne sommes pas du tout à la hauteur. Or c’est pour tous, et c’est pour nous.

 

D’abord les disciples n’étaient pas exceptionnels, ou étaient aussi exceptionnels que chacun de nous. Simon et André, Jacques et Jean pêchaient des poissons, comme beaucoup d’autres sur le lac de Galilée (Matthieu 4,18-22). Matthieu c’est pire, il prélevait les taxes pour l’occupant romain, un métier généralement pas très éthique mais assez lucratif. Et Judas a livré Jésus. Jésus a choisi ces gens-là.

 

Ensuite, si les apôtres sont douze, c’est pour représenter les douze tribus d’Israël, et donc symboliser tout le peuple. Ce douze est inclusif, et non limitatif.

 

Enfin, dans la première lecture en Exode 19, nous avons entendu la vocation du peuple :

« Quant à vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Exode 19,6).

Tout le peuple est saint, tout le royaume est prêtre, chacun est invité à une relation unique et privilégiée avec le divin, à une vie extraordinaire avec Dieu.

 

Ce verset est repris dans le Nouveau Testament où l’appel s’élargit au-delà d’Israël à toutes les nations, selon les prophéties. Nous sommes tous prêtres, c’est ce que le protestantisme appelle le sacerdoce universel.

 

Nous découvrons l’universalité de l’appel de Jésus. Il nous parle personnellement, chacun par son nom. Il nous offre une mission pour lui. Il nous donne sa puissance et son autorité. Maintenant ce n’est plus seulement Jésus qui guérit et qui a les paroles de la vie éternelle ; c’est nous aussi, nous avec lui.

 

Il nous appelle tous ; toi aussi, il t’appelle ; moi aussi, les autres aussi.

 

Je vous invite à reprendre pour vous cette prière :

Seigneur, tu m’as appelé, me voici, je viens faire ta volonté, je désire te servir. Permets-moi d’être saint, mis à part et consacré à toi, appelé par mon nom. Donne-moi cette autorité que je n’ai pas encore, qu’elle vienne toujours de toi. Rends-moi capable d’être pleinement ce que tu veux pour moi, car tu me donnes le meilleur de moi-même. Guéris-moi, envoie-moi ! Que je puisse faire du bien autour de moi, guérir les malheureux qui souffrent, par ta grâce. Merci pour la fête, la bénédiction de la moisson, qui est pure grâce de ta part !

 

Amen !

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