Mange du miel (Proverbes 24,13-14 et 16,20-24)

Prédication du dimanche 21 juin 2026 (miam ! 😋)

Culte téléphonique en vidéo

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[Prédication inspirée de Michael Edwards, De la perpétuelle étrangeté de la Bible, chapitre 1, « Manger du miel », PUF, 2025.]

 

Nous pouvons nous régaler des délices du Seigneur !

 

Nous savons que suivre Dieu n’est pas toujours facile, que les chrétiens souffrent, que ce n’est pas un opium qui nous permettrait de nous évader dans un rêve rose hors de la réalité. Les questions de Job et le martyre de Jésus nous le rappellent, et nous parlent quand nous nous sentons découragés.

 

Pourtant cette lucidité ne doit pas nous faire oublier la joie, le goût de la parole de Dieu, la saveur de la vie avec lui.

« Mon fils, mange du miel : c’est bon ! » (Proverbes 24,13)

Écoutons le sens premier, un commandement à déguster le cadeau sucré des abeilles. Manger est un besoin vital, et aussi un plaisir.

 

Dieu non seulement nous autorise à savourer ses dons, non seulement nous y invite, mais il nous le demande. Voici sans doute un commandement agréable et facile à exécuter. Et si les commandements de Dieu étaient ainsi ? S’ils étaient bons, non seulement moralement, mais aussi au goût ? Si l’action juste n’était pas toujours pénible et pesante ? « Car mon joug est heureux, et ma charge légère. » (Matthieu 11,30).

 

Mais nous nous souvenons d’une histoire où Ève et Adam ont mangé un fruit délicieux avec des suites moins gaies.

« La femme vit que l’arbre était bon pour la nourriture et plaisant pour la vue, qu’il était, cet arbre, désirable pour le discernement. Elle prit de son fruit et en mangea ; elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea. » (Genèse 3,6).

Et pourtant l’arbre était bon, bon en lui-même et bon à manger. C’était l’arbre à connaître bon et mauvais. En hébreu, c’est le même mot (tov) qui signifie beau et bon et bien.

 

Comment ce qui est bon a-t-il pu s’avérer mauvais ? Manger ou ne pas manger ? « Tu mangeras de tous les arbres du jardin » ou « Vous n’en mangerez pas » (Genèse 2,16-17 ; 3,1-3) ? Les Proverbes répondent : « Mange du miel »…

 

Mais « Il n’est pas bon de manger beaucoup de miel » (Proverbes 25,27). Les limites sont bonnes aussi pour éviter toute indigestion. « Tu as trouvé du miel ? Manges-en ce qui te suffit ; autrement, gavé, tu le vomirais. » (Proverbes 25,16). Soyons gourmets et gourmands, mais pas gloutons. Ce n’est pas une question morale, mais un conseil de santé pour ne pas être écœuré des bonnes choses dévorées au mauvais moment. Ce conseil est bon.

 

Il ne s’oppose pas à la vie, mais au contraire, éduque à la gastronomie au lieu de la malbouffe. Que nos relations aussi ne soient ni famine ni orgie, mais précieuses et soignées. L’autre n’est pas pour nous un objet à manger, à dévorer, à consommer, à détruire par l’usage. Les contrefaçons de l’amour laissent un goût amer, et parfois nous empoisonnent ; pourtant l’amour créé, donné par Dieu est bon comme le miel. Les conseils de Dieu visent à nous apprendre à aimer.

 

Vraiment, le miel est bon, comme est belle toute la création désirée par Dieu, à son image et dans son regard :

« Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait : c’est très bon ! » (Genèse 1,31).

Aucun péché ne peut annuler la beauté originelle et première voulue par Dieu.

« De même, connais la sagesse » (Proverbes 24,14)

Ainsi la sagesse est comme le miel, savoureuse. « Les paroles belles sont un rayon de miel, douceur pour la gorge et remède pour les os. » (Proverbes 16,24). Les psaumes le disent aussi :

« les règles du Seigneur sont vérité, elles sont toutes justes ; elles sont plus précieuses que l’or, que beaucoup d’or fin ; plus douces que le miel, que le miel qui coule des rayons. » (Psaume 19,10-11).

« Que tes paroles sont douces à ma bouche, plus que le miel à mon palais ! » (Psaume 119,103).

Écouter la parole de Dieu est une nourriture douce et plaisante. La mettre en pratique participe à la même joie, bonheur d’agir à une belle œuvre. Tout cela est grâce de Dieu, dans sa création à laquelle il nous fait participer.

 

Le prophète Ézéchiel met en scène cette parole qui entre en nous et s’assimile à notre être :

« Il me dit : Humain, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne ! Je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel. » (Ézéchiel 3,3).

Alors, nourri des Écritures, il devient capable de porter la parole de Dieu en prophète.

 

Jean le baptiste minimisait son empreinte carbone et gardait l’essentiel : « Il se nourrissait de criquets et de miel sauvage. » (Marc 1,6). Comme pour Ézéchiel, sa parole prophétique était nourrie de miel, et de la solitude habitée du désert.

 

Jésus est le pain vivant descendu du ciel, et se donne à nous à manger (Jean 6). Il est comme la manne, dont il est indiqué : « elle était blanche et elle avait le goût d’un gâteau au miel. » (Exode 16,31). Au désert, Dieu nous nourrit de miel.

 

Notre temps de prière, de culte et d’adoration à Dieu, unit le miel de la parole au miel du pain de vie. Si nous savons le don le Dieu, si nous goûtons à sa grâce !

Alors « il y a un avenir ; et ton espérance ne sera pas retranchée. » (Proverbes 24,14)

Telle est la promesse de Dieu.

 

Il ne veut pas nous accabler d’impératifs, mais nous ouvrir un chemin de vie, une terre de lumière.

« Et je suis descendu, pour le délivrer de la main d’Égypte, et pour le faire monter, de cette terre-là, vers une terre bonne et large, vers une terre coulante de lait et de miel » (Exode 3,8).

Toute la terre devient miel, quand ce n’est pas l’homme ou la femme qui s’en empare pour manger l’arbre, mais qu’elle nous est donnée par Dieu.

 

À chaque sainte cène, nous faisons revivre la mémoire du don de Jésus, et en même temps nous anticipons l’espérance du festin de noces à venir, en le dégustant déjà par avance : « […] jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » (Marc 14,25).

 

Ce miel est sur les lèvres comme un mot murmuré à l’oreille, comme un baiser : « Tes lèvres distillent le miel, ô mariée ; il y a sous ta langue du miel et du lait » (Cantique 4,11).

 

Alors quand la vie est acide ou amère, pleine de vinaigre ou de fiel, nous pourrons revenir à la source, au jardin, à Dieu.

« Je mange mon rayon avec mon miel ; je bois mon vin avec mon lait ! Mangez, amis » (Cantique 5,1).

« Goûtez, et voyez combien le Seigneur est bon ! » (Psaume 34,9).

 

Amen !

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