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Léger comme la grâce enfantine (Matthieu 11,25-30)
Prédication du dimanche 5 juillet 2026
① Quel élément du texte me frappe le plus ?
② En quoi suis-je sage et intelligent ? En quoi suis-je tout-petit ?
③ Qu’est-ce que Dieu me révèle aujourd’hui ?
④ Quel fardeau puis-je déposer en Dieu pour recevoir du repos ?
Suis-je sage ? Parfois j’aime à le penser, à me croire intelligent, compétent, je crois avoir acquis cette assurance et cette confiance en moi. Et par mon orgueil, je perds la relation à l’autre.
L’intelligence est bonne. Cependant notre Église protestante n’est pas à l’abri de ce risque de se croire plus intelligente que les autres, plus subtile dans sa théologie, plus courageuse à résister comme une petite minorité de qualité, une élite cultivée et sage (et surtout pas comme telle ou telle communauté rivale !).
J’entends alors ces paroles de Jésus comme un appel à l’humilité pour moi et pour nous.
Dieu se dévoile aux bébés qui gazouillent et aux jeunes enfants qui bredouillent.
C’est tellement vrai ! Je sens combien je peux être touché par une remarque toute simple, pleine de saveur et rafraîchissante, quand de grands discours savants et théologiques peuvent me laisser indifférent et desséché.
Les nouveaux convertis en savent encore peu, ils commencent juste à découvrir Jésus à travers les mots de la Bible, comparés à ceux qui écoutent et vivent la parole de Dieu dans la foi depuis des dizaines d’années, toute leur vie peut-être.
Et pourtant ces nouveaux venus nous illuminent d’une foi limpide et claire, d’un enthousiasme et d’une joie qui révèlent la présence de l’Esprit saint. Nous qui savons et avons vécu tant de choses, sommes-nous encore aussi émerveillés par Dieu, aussi brûlants de foi ?
Alors au lieu d’être jaloux, j’aimerais que nous nous réjouissions pour tout ce que Dieu fait de beau autour de nous. J’aimerais louer Dieu quand il se révèle à mon voisin, j’aimerais célébrer le dynamisme d’autres Églises qui ne sont pas comme nous et qui sont nos sœurs !
Et puis je confesse mes limites, ma pauvreté, ma petitesse. Et précisément à ce moment-là, Dieu se révèle à moi, dans ma faiblesse. Car j’ai besoin de lui, je dépends de lui, je ne peux rien par moi-même, je m’abandonne à lui. Je me reconnais comme un de ces petits enfants qui ne savent plus rien. Alors Dieu me fait naître d’en haut, en lui, et tout redécouvrir d’un regard renouvelé.
Alors je le loue pour les merveilles qu’il fait aussi pour moi, pour toi et pour chacune, chacun de nous. Nul n’est trop grand pour ne pas être tout petit devant Dieu, et comblé de bénédictions comme un enfant qui a confiance en son père.
Et voilà la révolution de Jésus. Le sage devient petit, et le petit devient sage. Et nous sommes à la fois ce sage et ce petit, ce sage qui devient petit et ce petit qui devient sage. Dieu nous bouleverse. Il renverse l’ordre trop sage des choses, et remet le tourbillon de la vie dans notre foi. Il donne le tournis, car il est vertigineux dans sa transcendance infinie, dans son immensité comme aussi dans sa proximité, sa simplicité douce.
Dieu se révèle, et cette révélation, c’est entrevoir le mystère de la relation d’amour entre le Père et le Fils. Ils se connaissent et continuent à se découvrir, à se dévoiler. Car Dieu et l’être humain ont ce point commun que nous n’avons jamais fini de nous connaître, que sans cesse une nouveauté surgit, et nous surprend, et nous renouvelle. En Dieu, tout est vivant, tout vibre et change. Comme dit Paul aux Athéniens dans le livre des Actes : « en lui nous vivons et nous nous mouvons et nous sommes » (Actes 17,28). Il est le Seigneur de la vie. L’amour circule et tourne et danse entre le Père, le Fils et l’Esprit saint. Dieu est un.
Et Jésus prononce cette phrase si belle, si réaliste et ancrée dans les difficultés de la vie : « Venez à moi, vous tous qui peinez […] » Un paroissien m’a confié qu’à travers ces mots, Dieu l’a touché et il s’est converti.
Oui ces paroles peuvent nous accompagner à chaque instant comme une promesse, et spécialement pendant des moments difficiles.
Jésus est doux, et vivre avec lui est léger.
Jésus se révèle, et il nous ouvre alors un sentier de vie. Comme sur tous les sentiers il y a des cailloux et un sac à dos à porter ; et pourtant la randonnée est si belle que nous ne voyons plus que le soleil et les champs de blé, les cerisiers et les bleuets, nous ne sentons plus que la brise dans les cheveux. Nous marchons avec énergie et joie de vivre, et le sac à dos semble ne rien peser. Car nous avons trouvé un compagnon d’aventures : Jésus.
Nous oublions notre fatigue, qui n’était que de la déprime, et soudain nous nous surprenons à nous sentir incroyablement bien.
La fatigue comme l’humilité, fait notre fragilité et c’est là que notre Père agit, Jésus nous accueille. Nous venons à lui, qui accueille tous les blessés de la vie, tous les gens cabossés, abîmés, ceux qui ne sont plus très beaux ou qui ne l’ont jamais été, ceux qui ne savent plus rien ou qui n’ont jamais rien su. Et il les embellit. Il nous crée à son image et à se ressemblance, il nous façonne, il nous soigne, il désinfecte et purifie notre peau, applique un baume de douceur, dépose un pansement de protection. Il nous guérit.
Avec lui la vie est douce comme un pétale duveteux, comme une peau de pêche. Elle est légère comme le souffle d’un petit vent frais qui fait voler une plume.
Voilà la révélation de Dieu, elle est toute simple. Elle s’appelle l’amour, le bonheur d’être aimé toujours et sans condition. Voilà le secret, la grâce et la légèreté d’un enfant de Dieu.
Amen !