Contre la culpabilité (Matthieu 25,31-46 et Ézékiel 34,11-17)

Prédication du dimanche 26 novembre 2023

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    Troupeau de moutons au pâturage

    Si vous vous sentez mal à l’aise en écoutant ce texte, sachez que vous n’êtes pas le seul. Je crois que nous sommes nombreux à ressentir de la culpabilité ou de l’angoisse en pensant à ce que nous appelons parfois le jugement dernier.

     

    Mais c’est une fausse idée.

     

    Jésus est un roi qui est en même temps un berger, avec toute la douceur du bon berger, du beau berger, du vrai berger. Il dit : « les bénis de mon Père », c’est magnifique, à nous d’entendre la bonne nouvelle qui se cache là. Le vrai berger fait écho au magnifique passage d’Ézékiel 34.

     

    Je voudrais donc d’abord parler de la culpabilité, puis du juge, et enfin du berger.

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      Les bénis de mon Père

      Les actualités si terribles, si meurtrières, si présentes par les médias, peuvent nous oppresser. Elles nous touchent. Elles font naître en nous un sentiment d’impuissance, d’inaction, et une culpabilité pour cette inaction.

       

      Je suis certain que la plupart d’entre nous sommes sensibles au sort des étrangers, des prisonniers, des plus petits. Car ce n’est pas la première fois que nous entendons l’évangile, et nous voulons aider notre prochain.

       

      Mais le monde entier souffre, alors nous voudrions soulager le monde entier. Et nous ne le pouvons pas, d’où la culpabilité.

       

      Sauver le monde ?

      Le roi dit : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! »

       

      Il y a ce chiffre un. Dieu ne demande pas d’aimer tous ceux qui sont dans le besoin, mais de commencer par un. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Ton prochain, au singulier. Les Anglais traduisent your neighbour, ton voisin. Il n’y en a pas des milliers. C’est concrètement l’être humain que je vois en chair et en os à côté de moi. Ce n’est pas d’abord celui que je vois à la télévision à des milliers de kilomètres, parce que je ne peux pas lui parler, il ne parle même pas la même langue que moi, je ne peux pas poser la main sur son épaule, il n’est pas face à moi et nous ne sommes pas en relation.

       

      Parfois nous voudrions sauver le monde. Mais Dieu n’a pas dit : « Sauve le monde. » Il a dit simplement : « Aime ton prochain. » L’amour n’a pas d’obligation de résultat, l’amour n’est pas d’abord efficace ou productif. Il est, simplement, pour lui-même, et il suffit. L’amour n’est pas une action, mais juste un sentiment. L’amour n’empêche pas les gens de mourir ; pourtant l’amour est fort comme la mort. Il n’apporte pas l’immortalité, mais la vie éternelle.

       

      Pour sauver le monde, il y a un seul sauveur, Jésus-Christ.

       

      La culpabilité imaginaire

      Le sentiment de culpabilité n’est pas spirituel, mais psychologique. La culpabilité est souvent imaginaire. Imaginaire parce que nous nous déclarons coupables de lois imaginaires que nous nous sommes nous-mêmes imposées, implicitement.

       

      Par exemple, la loi : « Tu ne mangeras pas de sucreries. » La loi anti-gourmandise, ou la loi du régime diététique. Vous remarquerez que cette loi n’est pas dans la Bible. Dieu dit : « De tout arbre du jardin, tu mangeras, tu mangeras. »

       

      Mais nous nous sentons coupables en mangeant une sucrerie : culpabilité imaginaire.

       

      De même, nous nous sentons coupables de ne pas sauver le monde, alors que Dieu ne nous a jamais demandé de sauver le monde à la place de son Fils. N’ayons pas le complexe du sauveur, du bon samaritain, qui a besoin de se sentir utile pour exister. Celui-ci a reçu une bonne éducation chrétienne, il se met au service des autres, oui mais il est devenu incapable de ne pas rendre service. Car celui qui rend service reçoit des remerciements, sait qu’il fait une bonne action. Alors il va imposer ses services à des gens qui n’ont rien demandé.

      « – Veux-tu boire quelque chose ?
      – Non merci je n’ai pas soif.
      – Du café, du thé, un sirop ?
      – Non, je t’assure, c’est parfait.
      – Attends, j’ai aussi du jus de pamplemousse.
      – Non, sincèrement, ça va.
      – Si, si, je ne peux pas te laisser sans que tu aies quelque chose à boire. Je vais trouver ce qu’il te faut. »

      Finalement, la personne qui prétend aider n’écoute pas l’autre qui lui a dit qu’il n’avait pas soif. Et qui n’a peut-être pas envie d’être trop materné.

       

      Dieu nous sauve par grâce, et non par nos œuvres. Donc nous sommes libres d’agir par amour, et pas par le poids du devoir. Je pense à une cousine éloignée, fille de pasteur, qui s’était suicidée il y a une quinzaine d’années. Et ce qu’on a compris de ses raisons, c’était qu’elle se sentait responsable de toute la misère du monde, et qu’elle en était écrasée, désespérée.

       

      Dieu est le créateur, le monde est dans ses mains. Tout ne repose pas sur nos propres forces. C’est la grâce et la liberté.

       

      Face au sentiment de culpabilité, remettons-le à Dieu. Si notre faute est imaginaire, il nous rassurera, et c’est lui qui agira. Si notre faute est réelle, il nous pardonnera. Oui nous ne sommes pas là juste pour sauver les autres, nous avons aussi besoin nous-mêmes d’être sauvés. Nous ne sommes pas là seulement pour aimer notre prochain, mais aussi pour être aimés. Nous reconnaissons alors que nous avons besoin de Dieu, de sa puissance et de son amour. Et tout cela, il nous le donne. Ne cherchons pas à tout faire tout seul.

       

      Le feu

      Le châtiment éternel est effrayant. Nous sommes tous un peu brebis et un peu chèvre. La séparation n’est pas entre deux catégories de personnes, mais elle passe à l’intérieur de nous-mêmes. Le feu détruira tout ce qui est mauvais en nous, tout le fardeau de nos péchés et de nos actes manqués. Et il restera ce qui est bon en nous, tel que Dieu nous a voulu au commencement, quand il s’est exclamé : « C’est très bon ! » « C’est très beau ! » Il nous purifie.

       

      Nous ne sommes pas chimiquement purs, nous sommes mélangés. Mais cela, c’est avant que Jésus nous sauve et que Dieu nous pardonne.

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        Le justicier

        L’image du juge nous trouble. Mais il faut le voir comme un justicier. Un peuple comme Israël a si souvent été du côté des victimes, opprimé, discriminé, depuis l’esclavage en Égypte, à l’exil à Babylone, jusqu’aux persécutions y compris sous la chrétienté, jusqu’au génocide de la Shoah. Dans ce contexte on crie justice. Et le juge juste, est comme le tribunal de Nuremberg, ou la Cour pénale internationale, celui qui mettra fin aux crimes, et établira enfin la justice. Le juge est un sauveur, qui sauve non par la force des armes et la violence incontrôlée, mais par l’autorité pacifique du droit. Pour une victime, l’existence du juge est une bonne nouvelle, c’est même son seul espoir. Nous pouvons faire confiance à Dieu pour sauver le monde par la justice.

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          Le beau berger

          Et ce berger qui sépare les brebis des petits boucs, nous le voyons dans Ézékiel 34. Et s’il est fait référence à ce texte, c’est qu’il faut appeler ce texte en entier avec tout ce qu’il dit du berger. J’ai été émerveillé de découvrir la description du vrai berger.

           

          • Il emmène ses brebis vers de beaux pâturages, comme dans le fameux psaume 23.
          • Il va chercher la brebis perdue, comme dans la parabole de Jésus. Quand nous nous sentons perdus dans la nuit et le brouillard, il vient nous chercher, spirituellement et réellement.
          • Dans Jean chapitre 10, Jésus dit : « Moi, je suis le beau berger. » En hébreu, le même mot tov peut se traduire par beau ou bon. Les traductions ont transformé beaucoup de beauté en bonté, donnant une orientation morale là où il y avait de l’esthétique. Mais le grec distingue entre beau et bon, et ici il est plus exact de traduire comme Chouraqui : « Moi, je suis le beau berger. »

           

          Et Ézékiel explique que si le berger sépare les boucs et les béliers, s’il les met à part, s’il trace une frontière, c’est pour protéger les brebis plus faibles de celles qui leur font du mal. Le même mot est employé dans le Lévitique pour l’isolement des cas de lèpre afin d’éviter la contagion, jusqu’à leur purification.

           

          Jésus est le vrai berger prophétisé par Ézékiel, un berger qui protège et qui fait vivre. Jésus est un roi qui se met à la place du plus petit. Réjouissons-nous car il vient ! Comme il est dit aux derniers versets de la Bible :

          « Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! »

           

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