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Fleuves d’eau vive (Jean 7,37-39)
Célébration œcuménique de Pentecôte, le jeudi 21 mai 2026 à Yssingeaux
As-tu soif ? Si je suis dans un désert, alors je connais la soif. La gorge se dessèche comme un vieux parchemin, la migraine peut-être arrive, la fatigue sûrement, et la pensée se réduit à une seule idée : l’espoir de l’eau. De la soif, on meurt.
Dans un sens imagé, il existe une soif spirituelle. Elle parle du désir, de nos aspirations profondes, essentielles, vitales. Soif spirituelle, où le spirituel ne désigne pas n’importe quelle spiritualité exotique, mais l’Esprit saint du Dieu vivant.
C’est l’expérience du psaume 63 :
« Psaume de David. Quand il était dans le désert de Juda. Dieu, c’est toi mon Dieu ! Dès l’aube je te désire ; mon âme a soif de toi ; ma chair languit après toi, dans une terre desséchée, épuisée, sans eau. » (Psaume 63,1-2).
« Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Psaume 42,3).
Nous désirons vivre ; nous cherchons cette vie en Dieu. Nous n’avons plus soif d’eau seulement, mais du plus vital encore, nous désirons le Seigneur, et c’est une affaire de vie ou de mort.
La femme Samaritaine a dit à Jésus : « Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n’aie plus soif » (Jean 4,15). Et avant cela, c’était Jésus qui lui avait demandé : « Donne-moi à boire. » (Jean 4,7).
Plus tard encore selon l’évangile de Jean, Jésus lui-même, dans son humanité brisée sur la croix, a dit : « J’ai soif » (Jean 19,28).
Soif de l’autre. Nous avons soif de Dieu, mais plus encore, Dieu a soif de nous.
Et la soif fait souffrir, mais la soif aussi prépare à accueillir l’eau. Il est nécessaire parfois de creuser ce désir comme un puits ; si le puits est assez profond, nous atteindrons l’eau. Demandons, et nous recevrons. Et l’eau si attendue a une autre saveur, extraordinaire. Ressentir la soif, c’est commencer à prier. Et nous savons que si Dieu nous révèle nos manques, c’est qu’il promet déjà de les combler en surabondance. Oui Dieu comble la soif.
« Les humiliés et les indigents qui cherchent de l’eau, mais vainement, et dont la langue sèche de soif, moi, le SEIGNEUR, je leur répondrai, moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas. Je ferai jaillir des fleuves sur les coteaux pelés et des sources au milieu des ravines, je transformerai le désert en étang et la terre aride en fontaines. » (Ésaïe 41,17-18).
L’eau dans le désert permet à l’humain de survivre, mais encore à toutes les fleurs de renaître, et à toute la création de s’épanouir. Dieu ne nous donnera pas une simple gorgée d’eau, mais un fleuve.
Comme dit l’Écriture, dit Jésus, or il ne cite pas exactement un verset unique. De nombreux versets de l’Écriture peuvent être trouvés.
« Ô vous tous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux, même celui qui n’a pas d’argent, venez ! Demandez du grain, et mangez ; venez et buvez ! – sans argent, sans paiement – du vin et du lait. À quoi bon dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez donc, écoutez-moi, et mangez ce qui est bon ; que vous trouviez votre jouissance dans des mets savoureux : tendez l’oreille, venez vers moi, écoutez et vous vivrez. » (Ésaïe 55,1).
Ici l’image de l’eau est expliquée : manger et boire signifie venir à Dieu et écouter, et vivre. Si nous avons soif, Jésus nous invite à venir à lui. Communier au corps et au sang du Christ, c’est nous nourrir et nous désaltérer de lui, de même qu’écouter sa parole.
Jean l’évangéliste a ses motifs préférés qui reviennent au fil du texte, se développent et s’éclairent peu à peu.
En comparant ces versets, nous notons que boire et croire sont équivalents. Faire confiance à Jésus permet de s’abreuver à une source intarissable, une fontaine, la cascade d’un torrent qui descend des montagnes, qui devient un fleuve immense.
Et cette eau est une eau vive. Cela ne veut pas simplement dire une eau qui coule, et donc pure et limpide, par opposition à une eau stagnante, bourbeuse. Cela pourrait être aussi l’eau de la vie, indispensable à la vie. Le corps humain adulte se compose de 50 à 65 % d’eau, et la proportion est plus élevée encore chez l’enfant et le nourrisson.
Mais l’eau vive que Jésus promet, il l’appelle littéralement une eau vivante.
Le prophète Ézéchiel décrit la vision d’un torrent d’eau qui coule de la maison de Dieu, qui devient un fleuve de vie :
« Et alors tous les êtres vivants qui fourmillent vivront partout où pénétrera le torrent. Ainsi le poisson sera très abondant, car cette eau arrivera là et les eaux de la mer seront assainies : il y aura de la vie partout où pénétrera le torrent. » (Ézéchiel 47,9).
Une eau vivante parce qu’elle est remplie d’êtres vivants, parce qu’elle redonne la vie même à la mer Morte. L’expression d’eau vive apparaît aussi chez le prophète Zacharie, quand le Seigneur viendra :
« En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer Orientale, moitié vers la mer Occidentale. Il en sera ainsi l’été comme l’hiver. » (Zacharie 14,8).
Donc Dieu comble notre soif, se donne lui-même comme eau de la relation dont il nous irrigue. Et cette eau vivante remplit notre être et toute la terre de vie.
Et voici qu’est mentionné l’Esprit saint. Ce lien entre l’eau vivante et l’Esprit saint peut nous étonner. L’Esprit signifie concrètement le souffle, le vent. Comment le souffle peut-il être de l’eau ?
Un premier lien, c’est le baptême, baptême d’eau par Jean, et d’Esprit saint par Jésus. L’eau comme le souffle nous environne, et nous pouvons y être immergés. Plongés dans l’eau, nous devons vite remonter la tête hors de l’eau, comme une résurrection. Mais plongés dans le souffle, nous pouvons respirer et demeurer. Vivons remplis de l’Esprit de vie.
L’eau et le souffle sont fluides, transparents, insaisissables. L’eau et le souffle se répandent. Or l’air est plus vital encore que l’eau. Sans nourriture, nous pouvons survivre quelques semaines ; sans eau, quelques jours ; sans air, quelques minutes seulement. Nous avons besoin d’être insufflés sans cesse du souffle de Dieu, de le laisser entrer en nous à chaque inspiration.
Comme l’eau, l’Esprit saint est un don de Dieu. La promesse apparaît déjà dans la bouche du prophète Ésaïe :
« car je répandrai des eaux sur l’assoiffé, des ruissellements sur la desséchée ; je répandrai mon Esprit sur ta descendance, ma bénédiction sur tes rejetons ; ils croîtront comme en plein herbage, tels des saules au bord des cours d’eau. » (Ésaïe 44,3-4).
L’Esprit de Dieu répandu sur nous nous fait grandir et nous épanouir.
Quel mystère ! Pour notre vie nous dépendons le plus intensément de ce qui est le plus insaisissable, impalpable, invisible. Il est beau que notre Dieu soit insaisissable. Il nous entoure et entre en nous, nous enveloppe comme un baiser.
Et alors, après avoir reçu l’Esprit saint, il devient si intimement uni à nous que ne pouvons le donner à notre tour. Ce n’est plus seulement Jésus qui fait couler sur la croix du sang et de l’eau. Le sanctuaire de Dieu d’où coule un fleuve de vie, c’est nous-mêmes. Le sacré cœur de Jésus devient aussi notre cœur. Par Dieu en nous, nous devenons la source, la fontaine et le fleuve d’une eau qui jaillit pour tous ceux qui nous entourent, pour les humains et toute la création qui dépérit dans une aridité désertique, nous pouvons donner la vie à l’infini, la vie de l’Esprit créateur.
Amen !