Le consolateur (Jean 14,15-21)

Prédication du dimanche 10 mai 2026

Si vous m’aimez

« Si vous m’aimez », dit Jésus. En émettant ici une simple hypothèse, il nous laisse libres ; il attend notre désir de lui.

 

« M’aimes-tu ? », demande Jésus à Simon Pierre, après le reniement et après la résurrection. Il le demande même à celui qui n’a pas su rester fidèle.

 

« Vous garderez mes commandements », c’est donc bien plus une promesse qu’un impératif. Jésus nous invite à garder sa parole et veiller à ses enseignements, comme un guetteur sur le qui-vive. Mais cela s’accomplira si nous l’aimons.

 

Car quels sont ses préceptes ? En parlant du Père, Jésus dévoile une réalité magnifique :

« je sais que son commandement est vie éternelle » (Jean 12,50).

Et à ses disciples il dit :

« Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres ; comme je vous ai aimés, que vous aussi, vous vous aimiez les uns les autres. » (Jean 13,34)

Tel est le seul précepte qu’il leur a donné jusque là selon l’évangile de Jean.

 

Donc si vous m’aimez, vous accomplirez mon précepte qui est d’aimer. Je vous ai aimés ; et si vous m’aimez en retour, vous vous aimerez aussi les uns les autres, du même amour et de la même manière extraordinaire.

 

Aimer n’est pas toujours facile, et demande de donner du temps, d’avoir des petites attentions, de penser à chaque personne aimée. L’amour est exigeant, demande un effort, nous arrache à notre confort solitaire pour faire face à l’autre qui n’est pas nous et qui nous dérange ou nous bouscule, ou perturbe nos habitudes. Pourtant l’amour donne une grande joie, et répond à notre aspiration profonde.

Comment aimer ?

Comment aimer ? Et comment aimer quand Jésus va mourir, quand il est absent de corps ? Car en filigrane, très délicatement, Jésus parle de la mort, la sienne, et de l’angoisse du survivant qui se retrouve orphelin. Comment vivre et aimer en son absence ?

 

Jésus nous fait un cadeau, celui d’entrer dans l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans leur amour nous pourrons aimer.

 

Le Père nous sauve d’être orphelins. Il demeure. Nous qui aimons Jésus, nous serons aimés de son Père. Le vrai Père se définit donc par son amour. Et le Père donne, il donne un autre consolateur, l’Esprit saint.

 

Le Fils ne sera plus vu du monde, mais sera-t-il absent ? Non, toutes ses paroles réfutent cette absence et annoncent tout au contraire sa présence. Une présence invisible ? Non, une présence visible ! Et extrêmement active ! Écoutons les mots de Jésus dans toute leur force et leur beauté : « je viens à vous […] vous me verrez, parce que, moi, je vis […] je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Voici le Christ vivant, qui vient et qui se révèle. Il s’affirme en paradoxe aux yeux du monde, mais pour nous il se fait voir. Son absence n’est qu’apparente, et sa présence est réelle.

 

Et il promet un autre consolateur. S’il y en a un autre, c’est qu’il y en a un premier, et c’est Jésus lui-même. Et l’Esprit saint ne remplace pas Jésus, puisque Jésus vit. Nous avons donc deux consolateurs auprès du Père.

 

L’Esprit saint est le souffle de la vérité, le souffle de Dieu qui est la vérité. Le vrai souffle, qui fait vivre, qui inspire et remplit de la puissance de Dieu, le souffle répandu sur les prophètes et sur Jésus, et qui est maintenant donné à nous tous.

 

L’évangéliste Jean le qualifie en grec de paraklêtos, consolateur. Étymologiquement, ce mot signifie « appelé auprès de », ce que souligne Jésus en disant : « il demeure auprès de vous ». C’est donc un compagnon, un ami proche, un invité, celui qui vient quand on l’appelle, et qui se tient comme à notre chevet. Il peut être auprès de nous pour plaider notre cause en justice, alors il est avocat, et défenseur. Il est auprès de nous dans la peine, en particulier quand Jésus annonce son départ, sa mort, alors il devient consolateur. Il sèche nos larmes, il réconforte, il encourage, il exhorte, il nous redonne puissance de vie et d’action. Le verbe correspondant signifie aussi prier, supplier. C’est tout appel intense et proche.

 

Ce mot de consolateur résonne particulièrement avec l’Ancien Testament, où nous y entendons l’espérance du sauveur :

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, criez-lui que son combat est terminé » (Ésaïe 40,1-2).

Luc écrit de Syméon, qui reçoit dans ses bras Jésus enfant dans le temple : « il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit saint était sur lui » (Luc 2,25). Il reconnaît en Jésus le consolateur d’Israël, celui qui restaure le peuple et réconcilie tout.

 

Et nous, face aux tristesses du monde et dans les drames de l’existence humaine, dans tous nos deuils nous sommes consolés par le souffle de Dieu, qui nous remplit à nouveau de sa douce proximité, de sa puissance de vie, et de tout son amour.

 

Et de multiples manières, Jésus exprime ce qui nous relie au Dieu uni : « avec vous pour l’éternité », « auprès de vous », « en vous », « vers vous ».

 

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« Si vous m’aimez »… Oui Seigneur, nous t’aimons ; et nous voulons demeurer dans ton amour, inondés de ton souffle saint consolateur. Amen !

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