Ressuscités avec le Christ (Colossiens 3,1-11)

Prédication du dimanche 3 août 2025 à Tence

Ressuscités

Je vous propose d’explorer ensemble la lettre aux Colossiens, qui donne un beau message sur la vie en Christ. Pour plus de simplicité, nous allons suivre l’ordre du texte.

 

Notre chapitre 3 commence par : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Commencer par là, c’est prendre pour acquis des vérités essentielles : Jésus est le Christ, il est mort, il est ressuscité. Et maintenant, il s’agit de nous.

 

Il nous est dit en Colossiens 2,20 : « Si vous êtes morts avec le Christ aux éléments du monde » ; et maintenant « Si vous êtes ressuscités avec le Christ ». Le sommes-nous ? Le croyez-vous ? Je suis éveillé avec le Christ, tu es éveillé avec le Christ.

 

Ressusciter, c’est littéralement et concrètement se lever, se réveiller, être relevés, remis debout ; et se relever d’entre les morts. Les évangiles nous relatent la résurrection du Christ, comment le fils de Dieu s’est dévoilé à tout le peuple. Mais maintenant nous sommes touchés à notre tour. Jésus Christ est le premier d’entre nous à ressusciter, le pionnier de la vie, il nous ouvre la voie. Il nous fraye une issue pour accéder à un nouvel horizon de vie, un espace immense et splendide.

 

Nous savons bien que trop souvent, notre vie n’est pas un enchantement, et nous sommes atteints par la souffrance, blessés, brisés, déçus, endeuillés par des pertes, par nos limites, par tous ce que nous désirons être et que nous ne sommes pas. Il y a de la mort en nous.

 

Mais sur la croix, Jésus fait face à la mort, il l’affronte et la surmonte ; il en fait une victoire. Ce qui est mis à mort, c’est justement la mort elle-même, tous ces poids du passé, toutes ces rancunes ou ces haines, ces regrets ou ces tristesses. Tout cela, nous ne pouvons pas nous en débarrasser par nous-mêmes, mais tout cela est mort avec le Christ.

 

Et donc nous nous relevons, libérés de tous les fardeaux que nous portions, de toutes les forces de mort. Nous nous relevons vierges et pleinement vivants, guéris, pardonnés et délivrés, pour un nouveau départ comme une nouvelle création, encore plus belle que la première, dans un corps glorieux.

En haut

« Cherchez ce qui est en haut », oui car ressuscités nous sommes maintenant célestes, nous appartenons au royaume de Dieu. Nous sommes aériens, et vu d’en haut la vie sur terre paraît plus facile et plus légère.

 

Après Pâques a lieu l’Ascension : le ressuscité est élevé au ciel, il est assis à la droite de Dieu. Être ressuscité c’est être debout ; mais maintenant le Christ est assis, il siège, il se repose, sa gloire est établie. Nous aussi, être en lui nous donne une assise, une assurance, une solidité. Nous sommes assis dans le ciel, auprès de Dieu ; c’est là qu’est fixé notre fondement.

 

Nous sommes donc comme les oiseaux du ciel, comme des anges, ailés, créatures de Dieu. Ayant goûté la nourriture céleste, c’est ce que nous désirons désormais. Ce qui est en haut occupe toutes nos pensées, et non ce qui est terrestre dans le mauvais sens du mot ; nous en sommes libres, car nous connaissons la vraie saveur de la vie. Nous avons découvert l’amour de Dieu et le bonheur.

Votre vie paraîtra

« Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. »

 

Notre être essentiel demeure caché ; nous ne sommes pas encore de façon visible tout ce que nous sommes dans le regard de Dieu. Nous ne sommes pas encore totalement son image et sa ressemblance ; le miroir est déformant, le reflet est terni. Mais Dieu sait lui, voir au-delà du péché. Il sait que l’être humain n’est pas originellement pécheur, il voit toute sa création, il voit qu’elle est très belle ; et même sous une couche de crasse elle reste très belle et bonne.

 

Notre vie est cachée dans le secret, dans l’intime du cœur, avec Dieu. Dieu n’est pas dans l’ouragan, la foudre et le fracas du tonnerre, il est dans la brise silencieuse, l’immobilité muette. Là se cache le Christ en nous, en Dieu, là se cache notre vie, car il est toute notre vie.

 

Le Christ, notre vie, paraîtra. Alors nous serons qui nous sommes vraiment, qui nous sommes selon Dieu. Et la création tout entière attend la révélation des êtres humains, des enfants de Dieu (Romains 8,19) ; car toute la terre, les animaux, les plantes, seront transformées par l’apparition des êtres humains transfigurés à l’image du Christ, vivants, ressuscités.

 

La gloire des enfants de Dieu, c’est l’être même de Dieu qui rayonne de leurs visages.

Jeter les vieilleries

Donc portés par cette vision, nous pouvons faire mourir tout notre vieil être terrestre, avec toutes ses horreurs, sa fascination pour le sexe ou l’argent qui l’égarent, au lieu de fructifier pour le meilleur. L’attirance de ce qui est une belle création devient une emprise, une dépendance, un esclavage ou une idolâtrie. Les paroles mentent et font mal et détruisent, au lieu de faire grandir et de réjouir et d’encourager. Les merveilles de la création deviennent leur contraire, dans l’usage qui en est fait.

 

Alors tout cela, nous le faisons mourir. D’anciennes traductions disaient mortifier. Mais il ne s’agit pas de réduire notre être. Il s’agit au contraire de l’ouvrir, l’ouvrir à l’autre, de déployer la vie. Et pour cela il y a des choix à faire, des choses à élaguer, des habitudes à perdre, pour libérer du temps, pour libérer le cœur, pour libérer l’âme, pour libérer la vie.

 

C’est le paradoxe : il faut faire mourir des choses, des attitudes, pour vivre. Et en ce sens la croix donne une mort qui mène à la vie ; le baptême est aussi cette rupture qui crée de nouveaux liens. Le Christ enlève nos scories, notre poussière, nos rochers, nos précipices, nos récifs, pour faire de la place à la vie.

Un habit neuf, un être humain nouveau

« Vous vous êtes dévêtus du vieil humain, avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau, qui se renouvelle en vue de la connaissance, à l’image de son créateur. »

 

Notre façon d’être, nos possessions, ressemblent à un vêtement qui nous enveloppe, une gangue, une pelure d’oignon. Nous ne voyons que l’extérieur, l’apparence ; nous ne montrons qu’un masque. Mais nous pouvons l’enlever, être tels que nous sommes créés, à l’image de notre créateur. Et devenir à cette image, en nous enveloppant d’un nouveau vêtement comme d’une parure, non pas pour cacher mais pour mettre en valeur, nous envelopper du Christ, pour que notre visage devienne son visage. Que notre vêtement soit blanc, pur, lumineux, éblouissant. Car c’est la lumière de Dieu.

 

Dieu nous fait un vêtement, comme il en a fait à Adam et Ève, qui se trouvaient tout honteux de leur nudité. Il recouvre nos fautes, il panse nos blessures, il recoud nos accrocs, il répare tout. Il fait toutes choses à neuf.

 

Sans cesse il nous renouvelle. Ce n’est pas un retour à un passé idéal, à un paradis perdu, au jardin d’Éden. Il nous donne la connaissance que nous avions voulu saisir sur l’arbre. Jamais figé, il nous fait évoluer, nous déployer, porter du fruit, multiplier.

 

Alors nous verrons un ciel nouveau, une terre nouvelle. Nous savons combien nous en avons besoin. Car nous voyons les espaces naturels détruits et la biodiversité disparue, nous sentons la souffrance des animaux, nous entendons le cri des mourants sous les bombes. L’être humain nouveau ne sera plus un loup pour lui-même, il aimera son prochain, et tous ses prochains, sans limite.

Une identité réconciliée

« Là, il n’y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous. »

 

Non seulement est annoncée une égalité, qui aujourd’hui comme il y a deux mille ans, demeure utopique, irréalisée. Dans notre monde humain et terrestre, il y a des différences nationales, religieuses, culturelles, il y a des inégalités sociales, des injustices, des esclavages, des dominateurs et des dominés. Tout cela ne compte plus devant Dieu.

 

Non seulement une égalité révolutionnaire est annoncée, mais c’est aussi notre identité qui est changée. Je ne suis plus défini par une couleur de peau, une nationalité, une culture, une origine et des racines, ni même par mon pouvoir et mes actes. Christ seul nous définit, il est tout pour nous et en tous.

 

Nous portons son vêtement, son image, son visage. Et son visage se révèle d’une infinie diversité, comme un kaléidoscope de couleurs, son visage c’est des milliards de visages tous différents, qui se renouvellent constamment.

 

Si nous sommes ressuscités avec le Christ, si Christ est notre vie, alors non seulement nous nous révélons être humain nouveau, nous nous dévoilons dans la gloire, dans un vêtement de lumière, mais la terre elle-même et la création tout entière est renouvelée parce que nous rayonnons du Christ en nous. Si nous sommes ressuscités avec le Christ, et cherchons les choses d’en haut, alors le Christ est tout et en tous.

 

Amen !

Contact