Témoignage de Jean (Jean 1,29-34)

Prédication du dimanche 18 janvier 2026 à l'église catholique de Saint-Agrève (semaine de prière pour l'unité des chrétiens).

Un témoignage

À ce témoignage de Jean, je voudrais répondre avec mon propre témoignage. J’ai un souvenir un peu flou, comme beaucoup de souvenirs, où j’avais six ans et je priais. Alors en pensant à cet enfant que j’étais, j’ai un grand respect pour la foi des enfants, qui est plus simple et aussi grande, peut-être en un sens plus grande, que celle des adultes, avec cette confiance totale de celui qui est entièrement dépendant. Je crois que ma foi a grandi et changé avec moi. J’avoue que je n’ai pas tout inventé, et que je dois beaucoup aux personnes qui m’ont entouré, et qui incarnaient une foi vivante, qui m’ont fait découvrir Jésus. Mes parents, mon grand-père pasteur, et l’exemple d’une famille heureuse où chacun essayait au moins de se soucier de l’autre, et apprenait à demander pardon. Adolescent, j’ai vécu des temps forts spirituels, des expériences de Dieu, dans des week-ends et des semaines organisées par des communautés vivantes, vibrantes de foi, et de beauté musicale, et du feu de l’Esprit-saint. Je n’ai pas eu un seul moment mais une multitude de moments où Dieu était là, et je le sentais, j’étais saisi au fond de mon cœur.

 

Et puis je pensais que j’étais fait pour avoir comme tout le monde une famille et un métier dans la société, c’était mon désir. Et voilà que soudain j’ai redécouvert la Bible, une parole qui me paraissait presque trop bien connue, qui semblait avoir perdu son mystère. À travers d’autres traductions, et le travail sur les mots, le sens est réapparu, et non seulement un sens mais une richesse infinie de sens. La Bible est un trésor inépuisable et passionnant, non seulement intellectuellement mais parce qu’elle me touche et m’étonne, et je reconnais alors que c’est l’action de Dieu qui me rejoint, vraiment Dieu me parle. Et j’ai réalisé qu’il y avait de quoi y passer toute sa vie, sans jamais s’ennuyer ; plus je m’y plonge, plus apparaît un territoire immense à explorer. Telle a été le point de départ de ma vocation.

 

Et par certains côtés c’est une histoire toute simple, et en même temps c’est extraordinaire, si je le regarde avec les yeux de la foi. Si souvent, comme s’exclame Jacob en s’éveillant de son rêve, « Dieu était là et je ne le savais pas ! »

Jean le baptiseur

Jean-Baptiste dit : « Et moi je ne le connaissais pas ». Et il dit qu’il a vu. Dieu, comment le connaître ? Nous n’aurons jamais fini de le découvrir, il est infini. Et pourtant ce que nous connaissons de lui suffit déjà à nous mettre en mouvement, à nous lever, à témoigner.

 

C’est un don de Dieu. Le nom de Jean, Yohanân, signifie « le Seigneur a fait grâce ».

 

Il y a dans ce chapitre 1 de l’évangile selon Jean une dynamique, un événement. Il y a d’abord l’éternité de l’être de Dieu – « avant moi il était ». Au commencement était la parole. Et l’être soudain se change en devenir. Un être humain arrive, son nom, Jean. Il surgit, il apparaît, il vient au monde ; l’univers commence à naître. Et la parole devient chair. Jésus ici pour la première fois apparaît. Jean déclare : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il se manifeste à Israël ». Il est envoyé pour que Jésus puisse apparaître.

 

J’aime beaucoup cette grande humilité de Jean, qui apprend à céder la place à un plus grand que lui, qui accepte de passer au deuxième plan pour que Jésus reçoive toute la lumière. Et en même temps, Jean ne s’efface pas, ne disparaît pas, au contraire, il existe et affirme avec puissance son témoignage, d’une voix ferme qui sait crier et se faire entendre, il remplit sa mission, car oui, il est envoyé par Dieu.

 

Que nous aussi nous trouvions d’être et de faire selon l’appel de Dieu pour nous, et d’ainsi coïncider merveilleusement avec nous-mêmes. Pour réussir à nous décentrer de nous-mêmes pour faire passer le Seigneur et l’autre en premier, il faut avoir reçu une grande assurance, une grande bénédiction, une révélation de notre identité qui nous donne une paix profonde.

Jésus le baptiseur

Et alors nous regardons à Jésus. Jésus Fils de Dieu uni à son Père, et qui baptise dans l’Esprit-saint, qui inonde et submerge de souffle de vie.

 

Ici chez Jean, à la différence des trois autres évangiles, le baptême de Jésus n’est pas mentionné. Il disparaît, comme pour dire que Jésus n’a pas besoin de la validation de Jean pour être celui où demeure l’Esprit de Dieu. Jésus n’est pas le baptisé mais le baptiseur, celui qui répand sur le monde l’Esprit créateur et consolateur du Dieu vivant.

 

« Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». « Voici l’être humain », dira Pilate (Jean 19,5). Voici Jésus à contempler. Il est celui qui vient, et que nous pouvons regarder venir à nous. Il a quelque chose à donner au monde, au cosmos comme on dit en grec, à l’univers. Voici l’immensité de Jésus pour nous tous, pour la terre et tous ses habitants.

 

Nous jugeons (de temps en temps) que le monde va mal. En d’autres termes, le monde connaît le péché, l’erreur et l’échec, la souffrance ; il ne va pas comme nous voudrions, et la cible est manquée. Voici Jésus contre tous les ratages. Il guérit, il adoucit, il pardonne, il libère.

 

Et il agit par sa douceur. Cet agneau se retrouve dans Isaïe 53 :

« Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent : elle est muette ; lui n’ouvre pas la bouche. » Il est écrit : « En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées […] et dans ses plaies se trouvait notre guérison. » (Isaïe 53,4.5.7).

Voici Jésus qui porte à notre place tout ce qui est trop lourd pour nous, l’agneau pur et doux qui guérit.

 

Cet agneau, nous pouvons pouvons aussi le rapprocher de l’agneau pascal. Jésus dans le temps de la pâque, se donne sur la croix. L’agneau pascal fait référence à Exode 12.

« On prendra du sang ; on en mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on la mangera. On mangera la chair cette nuit-là. […] C’est la Pâque du SEIGNEUR. […] Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang. Je passerai par-dessus vous, et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là vous servira de mémorial. » (Exode 12,7-8.11.13-14).

L’agneau pascal protège. Il délivre, car il annonce la sortie d’Égypte, la libération de l’esclavage. Et c’est vrai, le péché nous avait rendus esclaves. Et déjà l’agneau pascal évoque le don du corps et du sang du Christ. Voici déjà dans cette apparition du Christ, un résumé de toute sa mission sur la terre. Ce n’est rien de moins que l’abolition du mal. Et l’univers est sauvé.

 

Seul Dieu peut accomplir cela. Jésus est vraiment le Fils de Dieu. L’Esprit saint qu’il répand abondamment sur le monde comme un torrent de vie fait germer le désert et fleurir notre cœur. En lui nous portons du fruit.

« Comme descend la pluie ou la neige, du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma parole du moment qu’elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée. » (Ésaïe 55, 10-11).

 

Voici la parole de Dieu qui est devenue chair et qui a demeuré en nous. Le Christ vivant apparaît, il dit et il agit. Il nous baptise dans l’Esprit saint ; et tous ses dons, tout le fruit de l’Esprit est pour nous aussi, si nous voulons l’accueillir aujourd’hui. L’Esprit descend du ciel, et il demeure, et ne nous quitte plus. Il donne l’eau vive et nous féconde. Il nous fait naître d’en haut !

 

Amen !

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