Une fête pour le Seigneur (Matthieu 21,1-11)

Prédication du dimanche 29 mars : fête des Rameaux.

Le roi et la croix

Il n’est pas si simple pour nous de communier à la joie des foules qui acclament Jésus. Car nous savons que peu après viennent la passion et la mort de Jésus. C’est aussi la foule qui crie : « Qu’il soit crucifié ! »

 

Sans doute n’est-ce pas exactement les mêmes personnes qui composent ces foules. Les affirmations générales sur telle ou telle catégorie de personnes sont souvent caricaturales, stéréotypées et donc fausses, les hommes, les femmes, les Israéliens, les Russes, les Parisiens, les Asiatiques… Donc dans ces foules, il faut imaginer chaque personne avec son histoire et ses raisons d’être là.

 

Il y a les habitants de Jérusalem, parce que Jésus a provoqué un petit séisme dans toute la cité. Chez Matthieu, la terre tremble. Il y aura encore un séisme à la mort de Jésus, puis un autre à sa résurrection :

« Et voici, il y eut un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre, et s’assit dessus. » (Matthieu 28,2).

 

Des gens demandent qui il est. La foule répond. Car une foule a suivi Jésus depuis Jéricho, et a vu Jésus guérir deux aveugles. Une foule aussi sans doute est montée à Jérusalem pour la fête, en pèlerinage vers le temple.

 

Tous ces gens se rencontrent et acclament Jésus. Il est appelé roi, fils de David ; mais aussi prophète et originaire de Nazareth, de Galilée.

 

Il y a peut-être un malentendu dans ce soudain engouement populaire pour Jésus. Que connaissent-ils vraiment de lui ? Et quelles attentes messianiques projettent-ils sur lui, le désir d’un meneur puissant pour vaincre les armées romaines ?

 

Mais lui, c’est la mort qu’il part affronter.

 

Jésus est plein de douceur, monté sur un ânon, et non pas sur un char ou un cheval de guerre. Sa royauté est toute paradoxale et déroutante. Il est celui qui s’abaisse et se dépouille. Il ne se laisse pas séduire ou récupérer par le pouvoir politique et militaire des rois de la terre. Il est une force de résistance pacifique contre les illusions de l’orgueil et du désir de puissance.

Le sauveur

Néanmoins, il est bien libérateur. Les foules crient hosanna ; il faudrait prononcer en hébreu hoshia-nna. C’est une citation du Psaume 118. Cela se traduit « sauve, s’il te plaît ! ». C’est un appel au secours. Et hoshia-nna rejoint par l’étymologie le nom de Jésus, Yehoshoua, « LE SEIGNEUR sauve ». Voici le sauveur !

 

Il fait détacher l’ânesse attachée. La bête de somme, accablée sous le joug, chargée de fardeaux, est détachée. Elle devient monture royale, et ne porte plus que les habits étendus par la foule, et Jésus. Ce n’est pas qu’un symbole, c’est aussi une libération pour l’animal, et une dignité nouvelle.
Et si cette ânesse et son ânon, c’était nous ? Jésus a dit à la fin de Matthieu 11 :

« Prenez sur vous mon joug et laissez-vous instruire par moi, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Car mon joug est bon, et ma charge légère. » (Matthieu 11,29-30).

 

Comme l’ânesse, nous aussi, Jésus nous emmène vers une vie nouvelle, par sa douceur.
Jésus ne va pas seulement vers la souffrance de la croix et la mort. Il va aussi vers sa gloire et sa résurrection. La foule n’a pas tort : il est vraiment le roi, le messie de la lignée de David, le sauveur qui nous délivre.

Faire la fête

Alors ce texte est une vraie invitation à la fête. Une fête, non parce que nous ne verrions pas la mort, mais parce que nous voyons plus loin que la mort. La fête est un moment de joie, de liberté, d’un grain de folie. Et elle reste en même temps sérieuse et grave, elle ne devient pas n’importe quoi comme une orgie. C’est simplement une réjouissance populaire.

 

Les branchages, les feuillages, les rameaux font référence à une pratique en Israël pour la fête de la dédicace ou de la purification du temple, c’est-à-dire hanoukka. Le temple, après avoir été souillé par des idoles, est inauguré et consacré à nouveau. La fête est décrite dans le second livre des Maccabées :

« Ce fut le jour même où le Temple avait été profané par des étrangers que tomba aussi le jour de la purification du Temple, le vingt-cinq du même mois, qui est Kislew. Ils célébrèrent avec allégresse les huit jours à la manière des Tentes, se souvenant comment, il y a peu de temps, ils avaient passé les jours de la fête des Tentes en gîtant dans les montagnes et dans les grottes à la façon des bêtes sauvages. C’est pourquoi, portant des thyrses, des rameaux verts et des palmes, ils firent monter des hymnes vers celui qui avait mené à bien la purification de son lieu saint. Ils décrétèrent par un édit public, confirmé par un vote, à l’adresse de toute la nation des Juifs, que chaque année ces jours seraient célébrés. » (2 Maccabées 10,5-8).

 

Chez Matthieu, l’entrée de Jésus à Jérusalem est suivie de la purification du temple. Arrivé à Jérusalem, c’est au temple que Jésus va ; et il en chasse les marchands. Alors les enfants crient dans le temple : « Hosanna au fils de David ! » Ainsi ces deux épisodes forment une unité.
Cette fête des rameaux est comme la fête de la purification du temple.

 

Or nous sommes le temple de Dieu. Le Messie nous purifie de toute idole ou souillure. Il nous donne la joie. Il ouvre nos lèvres pour un sacrifice de louange et d’adoration : « Béni est celui qui vient au nom du Seigneur. »

 

Jésus nous appelle à la joie, à la fête, à la louange, même quand plane la menace de la mort. Car il règne au-dessus de toute peur, de toute angoisse, au-dessus de la mort elle-même. Ainsi la présence du danger n’entame pas la joie de la fête pour le Seigneur.

 

Nous pouvons nous laisser atteindre par les bruits de guerre, le changement climatique et l’avenir incertain de l’humanité sur la planète. Ou nous pouvons garder les yeux sur Jésus, et l’acclamer avec cette joie et cette confiance qu’il est vraiment Seigneur et roi, souverain et protecteur.

 

Comme toute la cité, laissons-nous bouleverser par l’arrivée de Jésus, laissons-le entrer en nous et nous mettre en émoi, nous remuer comme un tremblement de terre. Et il nous emporte dans sa joie, dans l’espérance qu’il est le sauveur qui vient.

La joie du ciel

Enfin, « Le Seigneur en a besoin ». Et si le Seigneur avait besoin, non seulement de l’ânesse et de l’ânon, mais de toute cette fête, de notre célébration joyeuse, de nos chants et de nos rires ?

 

Cette joie est celle du ciel. « Hosanna dans les plus hauts ! » crient les foules. Et « dans les plus hauts » ne fait pas partie de la citation du psaume 118. Le même superlatif est utilisé pour « le Dieu Très-haut ». Luc l’emploie pour la naissance de Jésus : toutes les créatures célestes se joignent à l’ange pour louer Dieu en disant :

« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et, sur la terre, paix parmi les humains en qui il prend plaisir ! » (Luc 2,13).

 

Oui cette fête et la joie de la prière de louange, ne sont pas seulement les nôtres. Mais tout le ciel y participe, toutes ces multitudes de constellations vivantes à son service, en procession comme des étoiles, ce qui est désigné de façon limitée comme les armées célestes.

 

Ainsi l’entrée triomphale de Jésus acclamé comme roi dans la ville sainte, la cité de la paix, a une portée pour l’univers entier. C’est l’univers entier, le monde, le cosmos, que Jésus vient sauver. C’est là son royaume.

 

Cette fête est donc aussi la nôtre, même si nous sommes séparés de l’événement raconté par les siècles et les kilomètres. C’est l’événement de la venue de Jésus. Et cet événement n’est pas pleinement réalisé dans le passé. Il fait entrevoir le retour de Jésus qu’il annonce, et l’entrée dans son règne qui est déjà là, mais encore et toujours à venir, comme une promesse.

 

Nous ne sommes pas Sion, synonyme de Jérusalem ; mais nous sommes peut-être la fille de Sion, sa descendance. « Dites à la fille de Sion : Ton roi vient à toi. » Le Seigneur vient à toi !

 

Amen !

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