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Vivants pour Dieu (Romains 6,3-11)
Prédication du dimanche 28 juin 2026
« Là où le péché a foisonné, la grâce a surabondé. » (Romains 5,20). La grâce abolit le péché. Il n’est pas facile de parler du péché. Il est dur de nous regarder en face, sans que le malaise ou la culpabilité nous envahisse. Nous pouvons le faire seulement par grâce, à partir de la grâce. Dieu nous montre nos fautes parce qu’il a déjà prévu de nous en libérer.
Le grand message de la lettre aux Romains est sans doute le salut par la foi : « Le juste vivra par la foi » (Romains 1,17). Dans la confiance en Dieu, nous croyons, et nous sommes sauvés, délivrés, c’est un pur don de Dieu. La grâce est une autre façon de raconter l’amour de Dieu pour nous. Dieu nous donne sans compter.
Romains 6 nous montre comment notre mort avec le Christ nous libère du péché et nous ouvre une vie nouvelle, extraordinaire. Nous ne sommes plus le même être.
Je vais développer le sujet du péché, avant de voir comment la mort au péché devient une libération, et d’envisager cet être humain nouveau que nous devenons.
Je trouve dans le dictionnaire de grec que le sens premier du verbe traduit par « pécher » est « manquer le but […] par suite dévier, s’égarer, se tromper de chemin ». Le péché est une « erreur ».
Paul parle du fait d’être « esclave du péché », et pour la mort d’exercer « sa maîtrise ».
Ce n’est pas le registre de la justice, accusation, culpabilité, condamnation. C’est le registre du pouvoir illégitime d’un oppresseur. Le pécheur subit une injustice, il est victime d’un abus. Pour actualiser l’image de l’esclavage, je dirai que le péché a une relation d’emprise sur l’être humain.
L’être humain est séduit, manipulé, trompé. Le péché est un gourou, un politicien devenu tyran. C’est une dépendance et une illusion comme la drogue ou l’alcool. Notre société humaine est prise dans un système de péché qui s’auto-entretient ; les gens font du mal parce qu’on leur a fait du mal. Le péché est un monstre aveugle et anonyme, à moins qu’on préfère l’appeler le diable.
Jésus n’est donc pas venu nous faire la morale, mais nous libérer du terrible dictateur de nos âmes. Il est venu restaurer la liberté, la beauté et la bonté originelles de l’être humain que Dieu a créé et qu’il continue d’aimer sans faille avec la tendresse d’un père et plus qu’un père.
C’est là que la mort intervient étonnamment comme une bonne nouvelle. Une mort qui ne touche pas la vocation profonde de notre être, mais qui tue le péché.
La croix de Jésus est ce moment littéralement crucial, à la croisée des chemins entre la vie et la mort. C’est un moment de crise, de décision, un moment critique, essentiel. Un moment où toute notre existence subit la critique qui la purifie. Elle se dépouille des mauvaises habitudes, se dégage des réflexes malheureux, de tout ce qui nous nuisait à nous-mêmes en même temps qu’aux autres, et qui nous rendaient collectivement captifs du cercle infernal du mal.
Il y a une déconstruction, pour mieux reconstruire sur des bases saines. Oui nous perdons, et en ce sens nous mourons. Mais nous perdons nos échecs, nos rancunes, nos mauvais souvenirs, les blessures encore vives et les cicatrices laides de notre histoire. Nous perdons le passé qui ne reviendra plus, nous perdons ainsi les regrets. Nous perdons l’avenir rêvé qui n’a pas été, et qui était devenu source de tristesse. Nous gagnons l’espace vierge pour imaginer un avenir inédit, inouï.
Nous repartons de rien. Nous sommes refaits à neuf. Nous naissons de nouveau, nous naissons d’en haut, à partir du ciel.
Nous vivons cela par le baptême, très concrètement. De même que le péché et la mort sont des événements terriblement concrets de notre existence, le baptême aussi ne se vit pas uniquement dans le secret du cœur. Il se montre à tous, comme un témoignage incontestable, un fait objectif et irréversible : « Je suis baptisé. »
Puissions-nous dire « Je suis baptisé » avec le sens de « Je suis sauvé », « Dieu m’a donné pour toujours sa grâce et m’a reconnu comme son fils ou sa fille bien-aimée. » Rien ne pourra nous l’enlever, pas même un moment de doute ou les fluctuations sinusoïdales de notre foi, ou les méandres de notre itinéraire spirituel.
Cette naissance est simplement donnée.
Et donc il ne s’agit pas de faire, mais d’être. Dans un premier sens, nous sommes libérés de la pression de bien agir pour être aimés, reconnus, sauvés, pour exister. L’amour de Dieu nous fait exister ; Jésus a tout accompli. Nous n’avons rien à faire, que dire oui à ce Dieu de grâce. Et tout est donné. Nous sommes avec lui, donc nous sommes.
Mais être est plus profond que faire. Je peux soigner le bobo d’un enfant, le badigeonner d’éosine et y appliquer un pansement. Mais si je deviens infirmière ou infirmier, alors ce n’est plus un acte occasionnel, c’est ma vie, c’est une partie de moi. Je suis infirmier. Mon être est changé.
De même, Dieu ne vient pas juste effacer les péchés comme on annulerait une série d’actes passés. Il vient changer notre être.
Le risque serait que les péchés soient sans cesse effacés, et que sans cesse nous recommencions les mêmes péchés. Ce serait une grâce incomplète.
Au début de ce chapitre 6, Paul écrit : « Demeurerions-nous dans le péché […] ? […] comment vivrions-nous encore en lui ? » (Romains 6,1.2).
Demeurer dans le péché, vivre dans le péché, c’est plus que commettre un acte mauvais. Notre demeure est touchée, notre vie est atteinte, notre être même est contaminé.
Si nous ne changeons pas de lieu de vie, radicalement, alors rien n’a changé et la péché revient. Si nous ne mourons pas, radicalement, le péché demeure.
Alors Jésus vient pour traiter non seulement les symptômes, mais les racines profondes du mal. Il vient l’extirper de notre être, en brûler la dernière semence et l’ultime rejeton.
Un alcoolique peut s’arrêter de boire et tenir pendant un mois, trois mois, un an et plus. Mais il risque de rechuter. Pour qu’il soit vraiment guéri, qu’il ne soit plus alcoolique, il faut qu’il devienne une personne nouvelle, avec des relations nouvelles, un équilibre de vie, une joie de vivre. Toute sa vie est nouvelle, il n’est plus le même homme.
La conversion au Christ, le baptême, c’est ce changement total d’être et de vie. L’être humain ancien meurt, celui d’autrefois, l’esclave de ses addictions et de l’emprise du mal. Et un être humain nouveau paraît, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Non seulement nous ne faisons plus de mal jusqu’à la prochaine fois où nous manquerons le but, mais nous vivons ailleurs. Nous demeurions dans le péché et sous sa puissance de mort ; et désormais nous vivons libres en Jésus-Christ. Nous sommes ressuscités avec lui, nés et refaits à neuf. Nous demeurons dans son amour. Vivre c’est le Christ ; et c’est lui qui vit en nous.
Nous sommes « morts pour le péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ ».
Alors un monde neuf se découvre à nous, une création comme nous ne l’avions jamais vue, comme un rêve. Les humains ne se haïssent plus, ne se trahissent plus, ne cherchent plus par tous les moyens malhonnêtes les mirages de l’argent et du pouvoir, ne volent plus, ne tuent plus, ne convoitent plus. Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes.
Non parce qu’ils auraient d’eux-mêmes la force de le faire, comme l’alcoolique n’a pas la force, comme l’esclave n’a pas le pouvoir, comme la personne sous emprise n’a pas même la conscience ; ils sont incapables de faire tout cela, mais c’est Christ qui vit en nous et agit en nous, avec nous, par nous.
Nous sommes réveillés avec le Christ, il est notre vie.
Alors nous sommes plus que vainqueurs, nous sommes capables en Dieu d’affronter tous les obstacles ; les flèches de nos ennemis glissent sur nous car nous avons « la cuirasse de la justice » et « le bouclier de la foi » (Éphésiens 6,14.16). La mort elle-même a perdu toute possibilité de nous nuire. Tel est le don de Dieu pour nous. Nous aussi, nous marchons en nouveauté de vie, par la gloire du Père.
Amen !