Dieu des vivants (Marc 12,18-27)

Prédication du jeudi 27 août 2026, chez les sœurs diaconesses du Mazet

Voici un texte qui parle de questions de vie et de mort, des questions essentielles.

 

J’avais espéré qu’étudier la théologie me permettrait d’y voir plus clair à ce sujet, mais je garde des questions et je ne sais toujours pas à quoi ressemblent l’au-delà, la résurrection et la vie éternelle. Qui ressuscite ? Et corporellement, spirituellement ? Et surtout quand ?

 

J’ai l’impression que selon les textes bibliques les réponses varient. Si on ressuscite à la fin des temps, c’est quoi la fin des temps ? Ma mort personnelle, ou la mort de toute l’humanité ? Et en attendant de ressusciter, que serai-je, que ferai-je ?

 

Et puis il y a des textes qui me réjouissent, comme celui-ci, qui parle d’une résurrection immédiate. « Amen, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23,43). Sans attendre, le bandit qui a accepté Jésus sera au paradis. Le jour de la résurrection, ce n’est pas un jour futur, c’est aujourd’hui.

Tous vivants aujourd'hui

« Moi je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » D’où la conclusion logique : Abraham, Isaac et Jacob sont vivants. Et certainement avec eux tous ceux qui ont fait confiance au Seigneur sont vivants aussi.

 

En introduction aux dix paroles, Moïse dit :

« Et vous qui vous êtes attachés au SEIGNEUR, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui. » (Deutéronome 4,4).

« Ce n’est pas avec nos pères que le SEIGNEUR a conclu cette alliance ; c’est avec nous, qui sommes ici aujourd’hui, tous vivants. » (Deutéronome 5,3).

Nous sommes tous vivants aujourd’hui. Je ne crois pas que ce soit surinterpréter que de le prendre au sens le plus fort, le plus littéral : nous sommes tous vivants. Tous, sans exception, y compris ceux qui ont fini leur vie terrestre.

 

La vie éternelle commence aujourd’hui, et si elle s’interrompait pendant un jour ou un million d’années pour attendre la résurrection à venir, ce ne serait pas la vie éternelle.

 

C’est ce que Jésus dit à son amie Marthe à la mort de Lazare :

« Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera. Je sais, lui répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jean 11,23-26).

Marthe croit à la résurrection future. Cette croyance ne la rend pas encore totalement lumineuse ; elle est encore atteinte par la mort de son frère. Jésus l’amène ailleurs. Il est lui-même la résurrection, il est la vie. Il donne la vie au présent. Nous qui croyons, nous ne mourrons pas. Nous vivons déjà de la vie éternelle.

Moi je suis

Les sadducéens croient encore moins que Marthe. Ce groupe des fils du grand-prêtre Sadoq a formé une aristocratie religieuse, attachée au temple. Ils s’opposent aux Pharisiens en ce qu’ils rejettent la tradition, pour ne s’attacher qu’à la Tora.

 

Dans la Bible hébraïque, des passages suggèrent fortement la résurrection, mais ils ne sont pas dans la Tora, mais dans les prophètes.

Ézéchiel 37 : « Ainsi vous saurez que je suis le SEIGNEUR, lorsque j’ouvrirai vos tombes et que je vous ferai remonter de vos tombes, ô mon peuple ! Je mettrai mon souffle en vous, et vous reprendrez vie ; je vous ramènerai sur votre terre, et ainsi vous saurez que c’est moi, le SEIGNEUR, qui ai parlé et agi » (Ez 37,13-14).

Ésaïe 26 : « Que tes morts revivent ! Que mes cadavres se relèvent ! Réveillez-vous et poussez des cris de joie, vous qui demeurez dans la poussière ! Car ta rosée est une rosée de lumière, et la terre redonnera le jour aux ombres. » (Es 26,19).

Daniel 12 : « Une multitude, qui dort au pays de la poussière, se réveillera – les uns pour la vie éternelle et les autres pour le déshonneur, pour une horreur éternelle. Ceux qui auront eu du discernement brilleront comme brille la voûte céleste – ceux qui auront amené la multitude à la justice, comme des étoiles, pour toujours, à jamais.  » (Daniel 12,2-3).

 

Mais voilà que Jésus cite un autre texte, qui est bien dans la Tora, mais qui ne parle apparemment pas du tout de la résurrection. « Moi je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. »

 

Et pourtant, Jésus a raison, dans son audace interprétative. Il fait surgir le sens qui était là dans ces mots anciens, et que nous n’avions jamais entendu, ni perçu. Il révèle de l’inouï. Il dévoile l’identité profonde de Dieu, « Moi je suis… ». Il nous donne à comprendre les Écritures et la puissance de Dieu.

Je serai avec toi

Les sadducéens inventent un cas théorique pour argumenter contre la résurrection. Ils veulent ridiculiser la résurrection en la montrant comme impliquant la polygamie dans le ciel, horreur ! Mais ils restent ainsi dans une représentation très terre à terre du ciel.

 

C’est là qu’il est bon de ne pas savoir, de ne pas imaginer le ciel, au lieu de nous forger de fausses projections. C’est aussi naïf que se demander si le ciel sera assez grand pour loger tous ceux qui seront sauvés. Heureusement, il y a une multitude de demeures.

 

Jésus les invite à une vision plus vaste. Deux chapitres plus tôt, Jésus a donné une vision très haute du mariage en disant : « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ! » (Marc 10,9). C’est donc Dieu qui unit.

 

Les sadducéens ne voient plus dans cette union d’amour qu’un enchevêtrement juridique complexe. Ils ne voient que le cadre, et pas la relation.

 

Dieu est relation, car Dieu est amour. « Moi je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Parler du Dieu d’Abraham, ce n’est pas juste mettre une étiquette à Dieu pour ne pas le confondre avec un autre dieu hors de la tradition judéo-chrétienne-musulmane. Mais par ces paroles, Dieu révèle son essence même et se définit en relation à des humains. Il est uni à Abraham, à Isaac, à Jacob. Étant unis à Dieu, ils vivent.

 

Quel Dieu minable serait un Dieu de squelettes et d’ossements desséchés dans leur tombe !

 

C’est le piège de l’histoire. Nous pourrions voir Dieu comme le Dieu de nos pères, comme celui d’une tradition familiale. Il est alors le Dieu des morts. Et donc nous sommes déjà morts, et notre foi est morte, et ce Dieu est mort.

 

Il n’est ni le Dieu du futur, d’une résurrection théorique et lointaine, ni le Dieu du passé, de glorieux ancêtres. Il est le Dieu vivant, aujourd’hui. Il est mon Dieu, ton Dieu, notre Dieu. Le Dieu qui t’aime et qui ne t’abandonnera jamais. Et même la mort ne peut rien, ne pourra nous séparer de lui. Sinon il ne serait pas ce vrai Dieu puissant, ce vrai Dieu d’amour.

 

La résurrection s’enracine dans l’identité de Dieu. Finalement, dire « Moi je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », c’est dire « Moi je suis la résurrection et la vie. » Il est là, aujourd’hui, et nous sommes tous vivants. La vie n’existe que par Dieu et avec Dieu. Où est Dieu, là est la vie.

 

Amen ! Alléluia !

Contact