Je suis Gabriel (Luc 1,5-19 et 1 Corinthiens 13,1-7)

Prédication du dimanche 23 août 2026 (baptêmes de Justina et Gabriel).

Le peuple est en prière, en attente de Dieu.

 

Les gestes et les paroles de Zacharie sont à la fois très intimes et personnels, et à la fois portés par la communauté unie à lui. Pour nous aussi, ces baptêmes sont des événements d’abord familiaux, qui s’élargissent pour la joie de toute l’Église.

 

Nous nous présentons devant Dieu, pour offrir et confier toute la vie de ces deux enfants, Justina et Gabriel.

La prière, et l'ange du Seigneur

Zacharie et Élisabeth ont connu la souffrance de ne pas avoir d’enfant. En plus, dans le judaïsme, la bénédiction de Dieu s’exprime par une descendance nombreuse, comme les étoiles du ciel et comme le sable au bord de la mer. Zacharie et Élisabeth sont présentés comme justes devant Dieu, alors il y a comme une contradiction dans le fait que leur couple est stérile.

 

Aujourd’hui on en parle encore peu, comme s’il y avait toujours un peu de cette honte, mais l’infertilité touche un nombre croissant de couples. Les causes en sont mal connues, pollution, pesticides, additifs alimentaires ou autres. Face à cette souffrance intime, qui questionne leur fécondité, leur utilité, leur identité d’homme et de femme, et l’amour de Dieu pour eux, nous pouvons prier.

 

Zacharie prie, dans le cadre du judaïsme le plus classique, dans sa fonction de prêtre ou sacrificateur dans le temple. Il offre l’encens, qui parfume et élève symboliquement dans sa fumée les prières jusqu’au ciel. Comme écrit Jean dans l’Apocalypse, « La fumée de l’encens monta de la main de l’ange avec les prières des saints, devant Dieu. » (Ap 8,4).

 

Dans cette foi religieuse et cette fidélité, soudain Dieu se révèle sous la forme d’un ange, qui annonce que la prière, cette prière portée par Zacharie et par toute la multitude, a été exaucée. Dieu a entendu, et Dieu donne.

 

L’ange a pour nom Gabriel, le héros de Dieu, qui est déjà apparu dans le livre de Daniel. Il apparaît contre le découragement et l’incrédulité. Il donne la force de la foi. Zacharie en effet se désole et a cessé de croire que Dieu entendra sa prière. Je suis trop vieux, ma femme aussi, c’est fini pour nous. Mais Dieu dit qu’il n’est jamais trop tard. Rien n’est impossible à Dieu.

 

Il y a un beau contraste entre l’impuissance humaine et la puissance divine. Zacharie dit « moi je suis vieux », l’ange répond en parallèle « moi je suis Gabriel, qui me tiens à la vue de Dieu. » À chaque fois que nous sommes tentés de nous dénigrer, de nous apitoyer sur nous-mêmes et de déprimer, souvenons-nous de « moi je suis Gabriel », de cette puissance de Dieu qui dépasse l’homme. Et tu es merveilleux, si tu en doutes en te critiquant toi-même tu critiques aussi ton créateur.

La naissance et le baptême

Gabriel annonce une joie, une bonne nouvelle, un évangile : il annonce la naissance d’un fils, qui s’appellera Jean, Yohanân, Le Seigneur fait grâce. Zacharie, Zekharya signifiait : Le Seigneur se souvient.

 

Jean sera consacré à Dieu et rempli d’Esprit-saint dès le ventre de sa mère. Entre parenthèses, si les bébés avant leur naissance peuvent déjà recevoir l’Esprit saint, il peuvent bien aussi être baptisés (Actes 12,47).

 

Jean sera appelé Jean Baptiste, celui qui prépare les gens à ce grand plongeon pour un grand pardon, pour être purs devant le Messie, le Christ qui vient. Jean Baptiste invite à la conversion, ce qui veut dire faire demi-tour, se retourner, changer radicalement et revenir à Dieu.

 

Jean a une double mission, il ramènera les gens au Seigneur, et il ramènera le cœur des pères vers les enfants. Il répare donc tout ce qui est abîmé dans la double parole d’amour qui résume toute la Tora : aimer Dieu de tout son être, et aimer son prochain comme soi-même.

Mon amour avec vous tous

Car sans l’amour, tout se résume à rien. Avec poésie, Paul chante aux Corinthiens tout ce que signifie l’amour, tout ce que fait l’amour. Il conclut :

« Maintenant demeure confiance, espérance, amour, ces trois-là ; mais plus grand que ceux-là, l’amour. » (1 Corinthiens 13,13).

Et il finit sa lettre avec les mots : « Mon amour avec vous tous en Christ Jésus. » (1 Corinthiens 16,24). Quand tout s’effondre, il reste l’amour.

 

Cet amour agapê, on le trouve abondamment dans l’Ancien Testament, où il s’agit bien de l’amour que nous connaissons, dans le couple et dans la famille. Cet amour est concret, et pas désincarné. Il apparaît pour la première fois quand Dieu dit à Abraham : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac » (Genèse 22,2). Puis c’est Isaac à son tour qui éprouve l’amour dans son mariage arrangé par Dieu : « il prit Rébecca, qui devint sa femme, et il l’aima. » (Genèse 24,67). Nous lisons encore de l’amour pour leurs enfants jumeaux : « Isaac aimait Ésaü […] ; et Rébecca aimait Jacob. » (Genèse 25,28). À son tour, « Jacob aimait Rachel », et pour pouvoir l’épouser il travaille dur. Et ils ont un enfant : « Israël aimait Joseph » (Genèse 37,3). C’est donc l’amour entre époux, l’amour d’un parent pour son enfant.

 

Avec le même verbe, Jérémie proclame :

« De loin le Seigneur m’est apparu : Je t’aime d’un amour éternel ; c’est pourquoi je t’attire ma bonté. » (Jérémie 31,3).

Avec le même verbe, Moïse écrit en Deutéronome 6 : « Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » (Deutéronome 6,5). Et en Deutéronome 7 : « Il t’aimera, il te bénira et te multipliera. » (Deutéronome 7,13).

 

Dieu nous aime et veut que nous l’aimions, comme dans une famille, la famille des enfants de Dieu. Et parler de la famille, ce n’est pas quelque chose de conventionnel ou de traditionnel. C’est parler d’un lieu par excellence fondé sur l’amour et vécu dans l’amour. « L’amour construit. » « L’amour édifie. » (1 Corinthiens 8,1).

 

Voilà cet amour auquel Dieu nous invite. C’est vrai, bien souvent la réalité de nos relations familiales et amicales n’atteint pas tout le temps ce grand amour extraordinaire que Dieu veut pour nous. Nous sommes tentés de nous sentir, comme Zacharie et Élisabeth, comme Abraham et Sara, comme Rachel, comme Anne, et tant d’autres, stériles, trop vieux et trop usés. Mais l’amour croit tout possible, espère tout, endure tout. L’amour ne tombe jamais.

 

Telle est la promesse de Dieu pour nous, et Dieu fidèle tient ses promesses. « Aucune création ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Romains 8,39).

 

*

 

Justina, Gabriel, nous remercions le Seigneur pour votre vie, pour la joie de votre existence, pour l’amour dont il vous a aimés dès avant votre naissance. Et nous prions qu’il vous fasse grandir dans la confiance d’être aimés, et vous apprenne à aimer à votre tour. Que le Dieu de toute grâce vous fortifie et vous réjouisse en tout temps. Que Dieu vous donne comme à Zacharie la grâce de la prière, car Dieu entend.

 

Que vous les parents, Céline et Mickaël, et les parrains et marraines, et vous tous membres de l’Église du Christ, Dieu vous remplisse aussi de son Esprit saint et de tout son amour. Que votre identité de baptisé, fils et filles bien-aimés de notre Père du ciel soit toujours vive et que vous demeuriez en lui. Ainsi comblés vous déborderez d’amour tout autour de vous. Qu’il vous donne d’être toujours joyeux, de prier sans cesse et de recevoir une pluie de bénédictions.

 

Amen ! Alléluia !

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