Nouvelle alliance (Jérémie 31,31-34)

Prédication du dimanche 25 octobre 2026 - fête de la Réformation.

J’aime ce passage biblique, c’est un de mes préférés. Au sein de la Première Alliance, il annonce et manifeste déjà la Nouvelle Alliance que nous appelons le Nouveau Testament.

 

Nous fêtons aujourd’hui la Réformation. Réformer, c’est former de nouveau, redonner forme à ce qui paraissait déformé. C’est revenir aux origines, comme une nouvelle naissance, une renaissance. Sans cesse nous avons besoin d’un Réveil, d’un retour à notre Dieu qui ranime et vivifie la foi.

 

Nous avons besoin de renouveler l’alliance avec lui.

Les jours viennent (v.31a)

C’est la nouveauté d’un avenir que Dieu nous offre. Les jours viennent, annonce Jérémie. Ce n’est pas la fatalité du passé, c’est un futur vierge et inédit.

 

Vous connaissez peut-être ces beaux versets de Jérémie 29 :

« Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance. […] Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur. » (Jérémie 29,11.13).

 

Il faut dire que le livre de Jérémie semble plutôt sombre et souffrant. Il accompagne la chute de Jérusalem et l’exil. Et soudain aux chapitres 30 et 31, apparaît une lumineuse espérance, comme le soleil perce à travers les nuages. Le peuple va vivre, bâtir et planter. Il sera rétabli. Car Dieu est fidèle.

 

Voici des jours heureux qui viennent, des jours où le peuple anéanti revient au Seigneur, où le Seigneur lui-même a l’initiative de retisser les liens qui l’unissent aux humains.

Une alliance neuve (v.31b)

Cette espérance est celle d’une nouvelle alliance. Plus d’une fois, Dieu s’est engagé envers son peuple.

  • À Noé et à tous les êtres vivants, il a déclaré : « je place mon arc dans la nuée, et il sera un signe d’alliance entre moi et la terre. » (Genèse 9,13). Une alliance pour que la vie existe toujours sur la terre.
  • Avec Abraham, avec le signe de la circoncision : « Je vais donner mon alliance entre moi et toi ; et je te multiplierai à l’extrême. » (Genèse 17,2).
  • Avec Moïse, avec le signe du sang : « Voici le sang de l’alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous sur toutes ces paroles. » (Exode 24,8).
  • Puis à l’arrivée dans la terre que Dieu donne : « Le peuple répondit à Josué : ‟Nous servirons le SEIGNEUR, notre Dieu, et nous écouterons sa voix.” » (Josué 24,24).

 

S’allier au Seigneur, c’est choisir de le suivre et d’agir selon sa parole. Mais voilà, nous ne savons pas tenir nos promesses ; l’alliance est vite oubliée, brisée. Nos imperfections blessent Dieu. Il donne son amour, et donne encore et toujours, même quand nous le trahissons. Il tient la promesse que nous n’avons pas su garder.

 

C’est là que Dieu persévère et pardonne, il espère en nous. Il nous recrée à neuf, nous fait naître de nouveau, nous donne un nouveau départ comme une feuille blanche et pure. Il ouvre une nouvelle alliance.

 

Nous croyons que Jésus accomplit la prophétie de Jérémie :

« Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang versé pour vous. » (Luc 22,20).

 

Cette alliance se renouvelle encore aujourd’hui, toujours la même et toujours différente. C’est notre histoire avec Dieu. Histoire chaotique mais illuminée de grâce et sauvée.

Sur leur cœur (v.33a)

Les tablettes de pierre où étaient écrites les dix paroles de la Tora ont été immédiatement cassées à cause du veau d’or ; et Dieu dit :

« J’écrirai sur ces tablettes les paroles qui étaient sur les premières tablettes que tu as brisées. » (Exode 34,1).

 

Même gravées dans la pierre, elles n’ont pas duré. Alors Dieu dit dès le Deutéronome :

« Écoute, Israël ! Le SEIGNEUR, notre Dieu, le SEIGNEUR est un. Tu aimeras le SEIGNEUR, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que j’institue pour toi aujourd’hui seront sur ton cœur. » (Deutéronome 6,4-6).

Ce ne sont plus des lois religieuses extérieures, c’est la confiance du cœur, l’intériorité profonde. Les paroles entrent en nous.

 

Le Seigneur dit à Jérémie : « Je donnerai ma Tora en leur sein ; et sur leur cœur je l’écrirai. »

 

Paul élabore l’image :

« Vous êtes une lettre du Christ confiée à notre ministère : une lettre écrite, non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant ; non pas sur des tablettes de pierre, mais sur des tablettes de chair, sur des cœurs. » (2 Corinthiens 3,3).

 

La parole est alors vraiment incarnée, incardiée, dès lors que notre cœur a bien la tendresse de la chair, et non la dureté de la pierre. Quand nos cœurs s’endurcissent, se sclérosent, se fossilisent et se pétrifient, Dieu les transforme :

« Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un souffle nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ezékiel 36,26).

 

Ce cœur est le centre de notre être. Il fait palpiter le sang qui irrigue chacun de nos membres et apporte l’oxygène de la vie. Il bat au rythme des émotions ; il est aussi le siège de l’intelligence, dans l’idée concrète de la perception qui n’est pas purement cérébrale et implique tout le corps. Dans tout ton cœur, tu aimeras le Seigneur.

 

La prière du jeune Salomon est belle, littéralement :

« Donne à ton serviteur un cœur qui écoute » (1 Rois 3,9).

Nous avons des oreilles pour entendre les sons, et les biologistes nous apprennent que notre cœur a des oreillettes. Alors j’aime à penser que si notre cœur spirituel aussi a des oreillettes pour écouter la voix du Seigneur : « Écoute, Israël… » « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Marc 4,9).

 

Et les paroles gravées sur son cœur, et gardées précieusement, il pourra les relire, les réécouter et les méditer. Il se souviendra de l’alliance.

Tous me connaîtront (v.34)

« Tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand ». Connaître Dieu, là encore, ce n’est pas affaire de savoir et de raison, mais d’intimité et de relation. Connaître, c’est naître avec ; découvrir, c’est enlever ce qui couvre, dévoiler, enlever le voile, révéler. Dans cet acte de confiance totale, nous sommes nus devant Dieu, et Dieu et Dieu aussi se met à nu, se laisse voir à nous, se donne à nous jusqu’au bout. « Si tu savais le don de Dieu » (Jean 4,10), tu serais ébloui par sa gloire devenue visible, tu serais transfiguré, tu désirerais son puits secret et son eau vivante et jaillissante comme une fontaine.

 

Connaître Dieu, c’est une histoire d’amour. Et c’est pour tous. Le petit n’est pas trop petit, ce n’est pas réservé aux savants. Jésus s’en réjouit dans l’Esprit saint :

« Je te célèbre, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux gens intelligents, et que tu les as révélées aux tout-petits. » (Luc 10,21).

 

La bonne nouvelle s’élargit à toutes les nations :

« Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire du SEIGNEUR comme les eaux recouvrent la mer. » (Habakuk 2,14).

Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple (v.33b)

Nous avons vu l’alliance, nous avons vu le cœur, nous avons vu la connaissance ; et en résumé voici l’amour. Car l’alliance est relation d’amour, le cœur sert à aimer, la connaissance est intime et amoureuse. Dieu est relation qui fait exister. Il se caractérise ainsi, mieux que par des attributs. Qu’est-ce que Dieu ? La question théorique de l’être et de l’essence de Dieu convoque la métaphysique. Mais il est une autre question, plus personnelle et existentielle : qui est Dieu pour toi ?

 

Luther redécouvre que la foi n’est pas la construction d’une vérité langagière, mais la confiance de personne à personne. C’est la rencontre avec celui qui est la vérité. C’est une vérité relationnelle. Dieu est amour, Dieu est relation entre lui et toi.

 

Luther définit ainsi Dieu dans son Grand catéchisme :

« Avoir un dieu n’est autre chose que croire en lui de tout son cœur et, de tout son cœur, mettre en lui sa confiance. […] Ce à quoi tu attaches ton cœur et tu te fies est, proprement, ton dieu. »

 

Et je crois que dans ce lien de confiance à Dieu repose le cœur spirituel de la Réforme (et du christianisme), de cette redécouverte vive et brûlante du Dieu qui parle et qui promet : « Je serai avec toi » (Exode 3,12).

 

Dans les paroles du Seigneur à Jérémie, cette relation s’exprime ainsi : « Et je serai à eux pour Dieu ; et eux, ils seront à moi pour peuple. »

 

Nous en entendons des échos dans le Cantique des Cantiques :

« Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui » (Cantique 2,16).

 

Et dans l’évangile selon Jean :

« Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous, nous sommes un, – moi en eux et toi en moi – pour qu’ils soient accomplis dans l’unité et que le monde sache que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » (Jean 17,22-23).

 

Oui cette union d’amour est la nouvelle alliance du cœur qui connaît Dieu.

Amen !

Contact