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Image de Dieu (Matthieu 22,15-21)
Prédication du dimanche 18 octobre 2026
Jésus a déjoué le piège des pharisiens et des hérodiens. Ceux-ci sont les partisans du roi Hérode, allié des Romains. Après avoir voulu flatter Jésus, découvriront-ils qu’il dit réellement vrai ? Jésus était invité à se positionner politiquement dans un contexte explosif : d’un côté, payer l’impôt aux Romains, c’est accepter et légitimer l’occupation d’Israël ; de l’autre côté, refuser de payer l’impôt, ce serait se mettre hors-la-loi et rejoindre les rangs des zélotes, révolutionnaires et résistants.
Jésus démasque les hypocrites : s’ils sont capables de lui montrer une pièce, c’est qu’ils utilisent la monnaie de l’empereur. L’argent n’est pas neutre, ni anonyme ; il porte l’empreinte du visage de la puissance politique et militaire. Même si c’est douloureux pour la fierté d’Israël, la réalité, c’est que le peuple n’est pas de taille à vaincre l’empire romain. En 70 après Jésus-Christ, la révolte appelée la guerre juive se termine par la victoire de Rome et la destruction du temple de Jérusalem.
Ce texte laisse entrevoir ce qui deviendra la séparation de l’Église et de l’État : une séparation du pouvoir civil et du domaine de la foi. Le penseur protestant Jacques Ellul a dénoncé la « subversion du christianisme », qui depuis les empereurs Constantin et surtout Théodose a fait du christianisme une religion autorisée et bientôt officielle. Cette alliance théologico-religieuse a causé trop souvent la tentation d’une Église liée au pouvoir et compromise dans des ambitions très humaines. Aujourd’hui l’Église est faible, et c’est donc aussi une chance, celle de revenir à une foi désarmée, désintéressée. Une Église impuissante et donc qui renonce à exercer le pouvoir, pour ne dépendre que de Dieu.
Mais le texte peut se lire aussi à un niveau individuel. Comment vivre dans un monde, appartenir à une société qui ne croit majoritairement pas en Dieu ? Un croyant doit-il se séparer des incroyants ? Et puis-je avoir une vie de foi et une vie professionnelle comme deux univers parallèles ?
Jésus donne une réponse réaliste. Nous avons besoin d’argent, d’un travail qui se vit dans la plupart des cas parmi la société. Jésus n’exige pas une rupture, il ne demande pas de quitter le système actuel, d’autant qu’il est facile de le critiquer, bien plus difficile de construire une meilleure société.
Il autorise à vivre au milieu du monde, tel qu’il fonctionne et dysfonctionne. Ainsi son message n’est pas d’abord politique.
Mais là où nous sommes, nous sommes croyants et témoins d’une autre manière d’être et de vivre. Nous persistons à croire ce qui paraît de plus en plus incongru, à savoir : aimer ses ennemis et répondre à la haine par la paix et la bonté ; donner plutôt que prendre, voir l’autre comme si c’était moi, ne pas chercher son seul intérêt mais le bien de tous, chercher le bonheur ailleurs que dans le pouvoir, le plaisir et l’argent.
Jésus emmène infiniment plus loin que la question initiale. L’essentiel, ce n’est pas de rendre à César ce qui est à César. L’essentiel que la maxime populaire a censuré ou oublié, c’est de redonner à Dieu ce qui est à Dieu.
Jésus n’est pas pour ou contre le pouvoir politique, il se situe ailleurs, sur le plan du ciel. Car l’engagement politique peut mobiliser toutes nos forces, toute notre énergie. Est-ce vraiment cet activisme qui importe ? Est-ce le beau combat ? La réponse peut varier selon l’appel de chacun, de chacune. Mais pour que cela ne devienne jamais une idole, Jésus remet cela en perspective. Il nous apprend le sens des priorités, pour discerner ce qui compte vraiment.
Jésus nous tourne à regarder d’abord vers son Père, nous invite à écouter en premier l’Esprit saint. Au lieu de laisser notre émotion dicter notre réaction à une publication sur internet ou sur un réseau social, faisons une pause pour chercher d’abord la parole qui compte, qui apaise, qui libère, qui fait grandir. Une critique, une colère, même justifiée, n’est peut-être pas ce que nous avons à partager autour de nous pour construire, pour être signe de contradiction en apportant la vie.
Alors que redonner à Dieu ? Pour répondre, il faut se demander ce que Dieu nous a donné. La vie, la liberté, la paix, la joie, la confiance ; une identité, un sens, une raison d’être, une orientation. Une amitié, une fraternité, un amour paternel, un héritage, un royaume au ciel.
Nous pouvons donc entrer dans la louange et la reconnaissance. Souvent discuter de politique est anxiogène et clivant. Remercier Dieu porte un autre fruit de douceur et de grâce, qui change les relations avec toutes celles et ceux que nous rencontrons chaque jour. Et ainsi, par le lien social retrouvé, par l’amour du prochain, nous agissons, et nous transformons assurément la société. Je crois qu’il ne faut pas d’abord changer le système, mais les cœurs et purifier les intentions. Le même cadre juridique peut être rempli de haine ou d’amour, de personne à personne. Alors des réformes plus vastes deviennent possibles. Tout est possible à Dieu.
Rendre grâce à Dieu, c’est déjà rendre ce qui est à Dieu.
Et puis nous sommes à Dieu notre créateur, qui nous a tout donné. Jésus nous appelle ainsi à tout lui redonner, tout notre être, ce que nous sommes, notre identité, nos sentiments, notre intelligence et notre énergie, notre argent, nos talents, notre amour, nos paroles.
Seigneur, je t’appartiens. C’est immense et c’est magnifique. J’abandonne la volonté d’agir par mes propres forces, par mon pouvoir citoyen, financier. Tout cela est maintenant à toi ; et c’est toi qui agiras, en te servant de moi si tu le veux, pour agir aux œuvres de Dieu, tes œuvres.
Et Dieu nous a donné un visage, il nous a créés à son image. La pièce de monnaie porte l’image de César, l’être humain porte l’image de Dieu. Nous sommes donc bien différents d’une pièce d’argent ! Nous sommes infiniment plus précieux que tout l’or du monde.
Cette image se dit en grec eïkôn, qui a donné le mot icône. Nous sommes l’icône de Dieu. En nous regardant, à travers nous, comme en transparence, les humains pourront voir Dieu. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». En nous cet amour est présence réelle de Dieu.
L’image parfaite de Dieu, c’est Jésus son fils. Car un fils ressemble à son père. La lettre aux Colossiens écrit à propos de Jésus :
« Il est l’image du Dieu invisible » (Colossiens 1,15).
C’est-à-dire que Dieu qui est invisible devient visible en Jésus. Jésus dévoile le Père, révèle qui est réellement Dieu. Notre Dieu devient chair et prend un visage au milieu de nous, il se fait présent en nous. Voilà qui change totalement la vie terrestre. Dieu n’est plus seulement au ciel, il plante sa tente sur notre terre. Il est là, au plus près. Dieu prend visage humain.
Et nous aussi nous devenons comme Jésus, image de Dieu, unis à Dieu.
« nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire » (1 Corinthiens 3,18).
L’image de Dieu s’imprime vraiment en nous. C’est pour cela que nous avons été créés. C’est ce que Dieu nous appelle à devenir, son image et sa ressemblance.
Oui Seigneur, nous te redonnons tout ce que tu nous as donné et nous donnes sans cesse. Nous désirons te rendre amour, action de grâces et louange. Façonne-nous, pour que nous ne soyons pas à l’image des puissants de ce monde et des rois de la terre, mais à ton image, ta belle et sainte icône. Tu es la vérité et de notre être.
Amen !