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Semblable à un trésor caché (Matthieu 13,44-52)
Prédication du dimanche 26 juillet 2026
J’aime beaucoup cette série de mini-paraboles du Royaume, qui parle de joie, de perles et de trésors. Et pourtant je ressens comme une ombre avec cette séparation des mauvais et des justes, et les pleurs et les grincements de dents. Et sans doute cela nous pose question, à beaucoup d’entre nous.
Je voudrais éviter deux réponses un peu rapides et faciles. La première dirait : « C’est dans la bible, donc j’y crois, les méchants vont être jugés et aller en enfer. » La deuxième dirait au contraire : « Mais non, ne prends pas à la lettre ce qui a été écrit il y a deux mille ans. Par la grâce, il n’y a pas de pleurs et de grincements de dents, tout va bien ! »
Je préfère garder la question ouverte, et essayer d’y réfléchir sous le regard de Dieu. C’est délicat, car nos réponses sont influencées par notre histoire personnelle. Elles touchent à nos images de Dieu. Cependant « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation »… (Exode 20,4).
Il y a ces dieux guerriers, terribles : Zeus, dieu de la foudre ; Baal, dieu de l’orage. Dans une société hiérarchique et patriarcale, même Dieu le Père omnipotent faisait peur. Mais Jésus révèle l’amour du Père. Dans nos représentations enfantines (après mai 68 ☮️), Dieu bascule du père fouettard vers le père Noël, un dieu de conte de fées, joufflu et bienveillant. C’est l’idole d’une grâce à bon marché. Nous effaçons ce qui nous dérange dans la parole de Dieu, nous recréons un dieu à notre image, qui pense comme nous, et bientôt nous sommes si sereins que nous oublions Dieu lui-même.
Dieu peut-il être à la fois amour et justice ? « Fidélité et Vérité se sont rencontrées, elles ont embrassé Paix et Justice. » (Psaume 85,11).
La psychologie évoque souvent quatre émotions essentielles : joie, tristesse, colère, peur. Et si la foi s’affadissait quand nous voulons en évacuer deux, la peur et la colère ?
Concernant la peur, elle est déjà reformulée traditionnellement en « crainte du Seigneur ». Nous refusons que notre foi soit fondée sur la peur ; positivement, nous voulons qu’elle vienne de la joie de Dieu. Je comprends la crainte de Dieu comme un sentiment de vénération et de profond respect, ou même un frémissement, un frisson, un tremblement d’extase qui manifeste physiquement l’émotion qui nous saisit.
Or une lecture a récemment attiré mon attention sur une interprétation qui garde la vraie peur, la terreur et l’effroi, devant la souveraineté et la puissance infinie de Dieu. Dieu n’est pas seulement un bon copain ; Dieu est Dieu !
Un couple qui prépare le baptême de deux enfants, en écoutant l’évangile de Marc en entier, a découvert un autre Jésus. Pas seulement le Jésus tout gentil, doux et plein d’amour, mais aussi celui qui a autorité et qui agit avec puissance.
Et il se met en colère. Là encore, nous partons de ces images effrayantes de la colère de Dieu, du jugement dernier, du péché et de l’enfer. Contre la peur, nous avons le Dieu qui pardonne, la grâce. Mais irons-nous tous au paradis ? C’est peut-être notre désir et notre espérance qui parlent là. Qu’en dit Dieu ? Si tout le monde est sauvé, où est la justice ? Mais si tout le monde n’est pas sauvé, où est la grâce ? Y a-t-il encore le bien et le mal, ou tout cela est-il trop binaire ?
Ces derniers mois pourtant, le mal, et spécialement la violence, font leur grand retour dans nos discours. Nous entendons parler de génocides, de guerres, d’agressions, de viols… Au milieu du vingtième siècle, c’était l’horreur de la shoah.
Face au mal absolu, la colère, l’indignation deviennent légitimes. Nous ne pouvons pas juste répondre : « il faut pardonner ». Car quand l’impardonnable est commis, quand la victime est marquée à vie, alors nous lui donnons cette culpabilité supplémentaire de ne pas réussir à pardonner. Impossible d’oublier. Mais la vérité et la lucidité peuvent nous remettre debout, nous donner la force de vivre et d’espérer. Le désir de vengeance peut être converti en soif de justice.
Alors le Dieu juge et justicier prend à lui la vengeance, et fait justice. Le pardon n’est pas un devoir à l’impératif, c’est un don de Dieu auquel notre volonté consent simplement. Pardonner, littéralement, c’est lâcher, laisser aller. Nous remettons le mal à Dieu, pour qu’il fasse ce qu’il faut. Par ce transfert de colère, nous évitons d’être détruits par la haine et l’amertume. Nous pouvons crier comme les psaumes qui vont jusqu’à demander la malédiction des ennemis. Dieu nous libère alors, il nous guérit.
Les poissons sont de toute espèce, mélangés, ensemble dans le même filet. Seuls les anges pourront séparer les uns des autres. Ce n’est pas à nous de juger.
« Ils les jetteront dans la fournaise ardente » : ce verset semble justifier les représentations des enfers de feu. Or il s’éclaire différemment dans le livre de Daniel, d’où il est tiré (Dn 3,6). C’est un contexte de persécution, de martyre, qui faisait peut-être écho à des situations des premiers chrétiens : nous sommes bien face au mal extrême et délibéré.
Or ce n’est pas Dieu qui ordonne de les jeter dans la fournaise, mais c’est le roi Nabuchodonosor. Seront jetés ceux qui ne se prosterneront pas devant sa statue d’or, en l’occurrence les trois Juifs déportés, Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Ce ne sont pas les mauvais, mais les justes, qui sont jetés dans la fournaise de feu. Et ils ne meurent pas, ils y survivent : voilà une espérance inattendue ! La fournaise révèle qui nous sommes, le feu nous forge et nous purifie. La fournaise dévoile surtout la puissance de grâce de notre Dieu, sa force de vie.
***
Oui dans la vie et dans nos émotions, existent la colère et la peur. La vie du croyant n’est pas toute rose. Mais dans les réalités les plus atroces de la vie, Dieu est avec nous. Il est un Dieu puissant pour la justice et l’équité ; il s’indigne du mal.
Et c’est là qu’apparaît comme un miracle l’impossible pardon. C’est là que surgissent l’amour et la paix, non pas comme une mièvrerie, mais comme le secours vital de celles et ceux qui ont connu les pires douleurs. Sur la croix, là est le Christ, et là il nous ressuscite.
Cette vie nouvelle qu’il nous donne, voilà la perle et le trésor que nous avons découvert en lui, toujours le même et toujours neuf. Et Dieu nous donne cette heureuse émotion, la joie, plus grande que tout. Amen !