- Accueil
- Actualités
- Prédications
- Vie spirituelle
- Vivre c’est Christ (Philippiens 1,21 et Galates 2,20)
Vivre c’est Christ (Philippiens 1,21 et Galates 2,20)
Prédication du dimanche 16 août 2026
Nous sommes dans une époque de divertissement. De nombreuses propositions d’activités passionnantes et de loisirs captivants nous sont offertes. Un agenda bien rempli est une belle chose, mais parfois ça cache une fuite. Sommes-nous capables aussi de nous arrêter, de rester dans le silence et la solitude, face à nous-mêmes et face à Dieu ?
Pouvons-nous regarder notre vie sans que resurgissent les angoisses et les insécurités, les blessures et les malheurs que nous voulons oublier ? Dieu nous réconcilie avec nous-mêmes. Il nous apprend à vivre.
Aimer notre prochain ne s’accomplit pas juste à force de volonté humaine, mais tout commence avec l’amour du Christ. Il vit en nous. Si la conversion change la vie, c’est par cette présence du Christ en nous, cette union avec lui. Je crois que c’est un trésor, c’est l’aboutissement de la vie du chrétien.
« Pour moi vivre c’est le Christ », disent Paul et Timothée aux Philippiens. Ici il faut s’arrêter, prendre le temps de s’étonner. Nous comprenons les mots qui sont du langage courant, mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? À quelle réalité fait-il référence ? Nous aussi comme les apôtres, nous pouvons donc faire l’expérience spirituelle et la transformation intérieure qui permet de dire : « Pour moi vivre c’est le Christ ».
La grâce permet de passer du faire à l’être. Simplement être, c’est suffisant. Mais être quoi ? Être en Christ, être avec Christ, être comme Christ, être uni à Christ. Et ainsi, être tourné vers les autres. Car Christ ne vivait pas en ermite. Il réussissait à trouver le temps de prier sur la montagne, à l’écart ; mais il vivait avec une grande famille de douze frères et amis, il dialoguait avec de nombreuses femmes et toute la foule des gens qui le suivaient. Il prenait soin des malades, il traversait le lac pour partir à l’étranger et en terre païenne, il était très actif ! Il vivait intensément.
Être avec Christ, c’est le suivre, et se laisser entraîner sur ces routes qui nous sortent de nous-mêmes. Chemin faisant, nous découvrons la joie de l’autre et le bonheur du partage, et jusqu’à la communion d’une vie communautaire.
Et pourtant il y a cette dimension intérieure.
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ; ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » (Galates 2,20).
Christ me sort de moi-même, et vient en moi.
Une image concrète du Christ qui vit en nous est donnée par Marie. Le Christ vivait en elle. Le miracle de la vie, c’est porter dans son corps un être étranger, autre et plein de promesses, qui commence à grandir. Et par la puissance du Saint-Esprit, comme Marie, nous portons en nous Dieu lui-même. Et du point de vue du fœtus que chacun de nous a été, le miracle de la vie, c’est être porté par un corps autre et qui nous donne tout. De l’Esprit saint, une fécondité extraordinaire.
Dès lors, cette unité, cette union avec Christ est aussi union à l’Esprit saint : « Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit. » (Galates 5,26). Et nous porterons le « fruit de l’Esprit » (Galates 5,22).
À l’image de l’homme et de la femme qui deviennent « une seule chair » (Genèse 2,24), dans le miracle de l’amour, nous ne faisons qu’un avec le Dieu trinitaire. Jésus est l’homme divin ; unis à lui, nous sommes unis au Père. « Moi et le Père, nous sommes un. » (Jean 10,30). Et dans cette union, nous devenons pleinement nous-mêmes, nous trouvons la vie, la vie éternelle.
« Je suis crucifié avec le Christ. » (Galates 2,19). L’unité avec le Christ signifie que nous vivons avec lui, et aussi que nous mourons avec lui, et que nous ressuscitons avec lui. Il a connu tout ce que nous vivons, de sorte que nous pouvons le vivre en communion avec lui. « Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. » Christ nous a tout donné, il a fait pour nous le plus grand acte d’amour. Et notre vie en est changée. Nous continuons à vivre dans la chair, c’est-à-dire dans notre humanité fragile et faible et parfois douloureuse. La chair est vulnérable, elle peut se blesser. Telle est aussi la réalité de notre vie.
Mais les souffrances de notre vie, nous pouvons les vivre avec le Christ crucifié et vainqueur de la mort. Quand nous nous sentons morts, quand notre égo est humilié et nos forces humaines anéanties, quand nous ne vivons plus, en nous Christ vit toujours, et vivre c’est le Christ.
Paul devient prisonnier et lumineux « en Christ ». Il se réjouit, il est libre. Il regarde la mort, et elle est aussi belle que la vie, car rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu.
« Il nous faut rester conscients de ce qu’impliquent les mots ‟Le Christ vit en moi” ; nous devons nous efforcer de comprendre chaque jour ce que signifie avoir le Christ vivant sa vie dans notre vie. Méditer sérieusement sur sa présence vraiment extraordinaire, intimement étrangère, peut nous aider à rendre cette présence plus réelle. Nous devons sûrement apprendre à voir les autres, les phénomènes naturels, nous-mêmes, avec les yeux du Christ, penser avec son esprit, sentir avec son cœur. […] De temps à autre, en observant avec joie un phénomène naturel, un aussi petit événement, par exemple, qu’un écureuil furetant dans l’herbe, j’ai soudain l’impression que c’est Jésus qui se réjouit. » (Michael Edwards1).
***
Seigneur, émerveille-nous ! Je veux te donner ma vie. Je t’ouvre le verrou de mon cœur, viens vivre en moi, à chaque instant et dans tout mon être. Et tu es déjà là, depuis si longtemps, dès avant ma naissance et dès mon baptême ! Déploie tout le potentiel de ta présence, répands-toi en moi. Car tu es joie et lumière, et vie, source intarissable et fontaine qui désaltère. Vivre c’est toi ; fais-moi vivre en toi. Fais-nous vivre ensemble avec toi, en communion. Viens illuminer nos vies, viens et ressuscite ce qui est mort, donne-nous la vraie liberté !
Alléluia !
1 Michael Edwards, De la perpétuelle étrangeté de la Bible, chapitre II, « Paul sur la vie et la mort », PUF (2025), p. 68.