Semé sans compter (Matthieu 13,1-23)

Prédication du dimanche 12 juillet 2026

La parabole du semeur nous parle de la générosité de Dieu, de sa patience et et l’espérance qu’il a dans l’humain.

Qui est le semeur ?

Au verset 1, Jésus sort de la maison. Au verset 3, le semeur sort. Jésus commence à beaucoup parler. Et la semence est la parole. Le semeur est donc bien Jésus.

 

Cela me rappelle ce moment délicieux où Marie-Madeleine, rencontre Jésus ressuscité dans le jardin, et ne le reconnaît pas. Elle pense que c’est le jardinier (Jean 20,15). Et elle n’a peut-être pas tort. J’aime aussi cette image de Jésus jardinier du paradis. Jésus qui sème des paroles pour faire germer et croître des humains.

 

Mais les apôtres aussi peuvent semer, et nous aussi à leur suite. Jésus n’est pas le seul à prendre la parole, il ne s’en réserve pas le monopole. Au contraire, il s’est effacé pour que d’autres continuent après lui. Nous aussi, nous devenons semeurs de parole, semeurs du royaume de Dieu, autour de nous.

 

Quand Jésus sème, nous sommes la terre. Il donne et nous recevons. Il parle et nous écoutons. La terre, c’est notre cœur pour l’accueillir, l’envelopper précieusement, le nourrir. La parole, il faut la faire entrer en nous, lui donner du temps, et la laisser grandir.

 

Quand nous semons, nous devenons capables aussi de parler, de donner à notre tour à ceux qui nous entourent. La terre alors, c’est vraiment la terre, toute la terre, le monde entier. La parole est semée par tous et partout.

 

La récolte alors, ce n’est pas juste moi-même et les fruits que je porte, mais c’est toute l’Église, qui se multiplie. Un croyant en donne trente, soixante et cent. La parole se propage. Chacun de nous, porteur de la parole, est semé et produit de nouvelles semences, pour de nouvelles paroles.

Qu’est-ce que la semence ?

Chaque graine contient tout l’ADN, tout le message nécessaire à la croissance de la plante. Chaque humain ensemencé de Dieu porte le message nécessaire à la croissance de l’être vivant.

 

La semence est petite et secrète, facilement négligée, oubliée ou perdue. Elle est fragile. Et pourtant elle recèle une grande puissance, qui se révèle quand elle a la possibilité de germer dans de bonnes conditions. C’est la force du petit.

 

Avec la semence, il faut de la patience. C’est d’ailleurs rarement celle qui germe le plus vite qui dure le plus longtemps. Parfois la semence attend ; il ne se passe rien. En apparence le semis a échoué. Et puis, quelques semaines plus tard, mais peut-être encore plusieurs mois après, ou même des années plus tard, une tige atteint la surface, des feuilles sortent. Et il faut encore parfois longtemps avant qu’une fleur apparaisse, et qu’un fruit mûrisse.

 

Telle est la patience de Dieu pour nous. Telle est la patience aussi que nous pourrions avoir vis-à-vis de nous-mêmes et des autres. Ne pas juger trop vite que je suis un cas désespéré, ou qu’ils sont un cas désespéré.

 

Ayons l’espérance de Dieu. Semer est un acte de foi. Et nous ne voyons d’abord rien. Mais Dieu espère encore en l’humain, quand l’humain a cessé de croire en Dieu et en l’humanité.

 

Semer, c’est prendre un risque. Nous voyons combien les agriculteurs subissent les aléas et la variabilité des récoltes. Tout peut arriver, et même en anticipant, on n’arrive pas à tout prévoir. La vie est un risque.

 

Dieu prend le risque de faire confiance à l’humain, de lui donner la liberté du libre-arbitre. Il dépend alors d’une réaction imprévisible, singulière, car chacun est unique.

Qu’est-ce que semer ?

Semer, c’est donner.

 

Il est étonnant, ce semeur qui répand la semence partout, apparemment sans faire attention à la nature du sol, sans faire de distinction ou de sélection.

 

Il est généreux, il sème largement et sans compter, sans économiser. Nous avons un Dieu qui donne abondamment.

 

Et il dissémine les graines partout, il les répand pour tous, sans condition, sans préjugé. Il espère que chaque sol sera bon, il laisse une chance à chacun, il donne autant à tous. Il donne à ceux qu’on laisserait plutôt au bord du chemin pour nourrir les corbeaux. Il donne au sol pierreux, aux écorchés vifs, blessés par les aspérités de la vie. Il donne à ceux qui sont sans profondeur, superficiels, spontanés mais inconstants, ceux qui valsent avec leurs émotions, leurs sentiments et leurs passions, leurs dépressions, leurs moments de dégoût ou d’absence d’envie. Il donne à ceux qui ont des épines, qui laissent grandir des mauvaises herbes et des racines amères, qui se hérissent de piquants et agressent leur entourage, qui n’arrivent pas à faire une place entière et exclusive à la parole du royaume de Dieu, qui étouffent et manquent d’air et de lumière. Il donne à ceux pour qui tout va bien, tout est magnifique et dans les meilleures conditions. Il sème dans le cœur de tous, car il espère toujours.

 

Est-ce rentable ? Pourrait-il optimiser son rendement en se montrant plus sélectif, en se concentrant sur la belle terre, en évaluant des probabilités de succès ? Ce n’est pas une question qu’il se pose. Son agriculture est artisanale et personnelle, tout est semé à la main.

 

D’ailleurs, quel est l’objectif ? Maximiser le retour sur investissement par la meilleure récolte ? Ou peut-être est-il heureux aussi de nourrir les alouettes, de faire de la place aux mûres pour les confitures, d’admirer la rapidité des premières pousses fraîches, même si elles brûlent au soleil. C’est la biodiversité. Notre Dieu de biodiversité aime la liberté. Chacun est unique et a son itinéraire original, et sa beauté aussi, même si elle ne se mesure pas en nombre de grains récoltés.

Mille fruits

La perte est importante ; il y a beaucoup d’échecs. Et pourtant, le semeur a de quoi vivre et continuer à semer.

 

Malgré tous les obstacles et à travers les ratés de la vie, apparaît finalement une croissance, une multiplication, une grande fécondité. Même s’il y avait jusqu’à 99 % de semence perdue, le 1 % qui donne du fruit au centuple permettrait de reconstituer la semence.

 

Telle est l’espérance de Dieu, tel est son pari sur l’humanité.

 

Et pour notre vie c’est une promesse. Qui sait quel fruit nous porterons ? Aujourd’hui peut-être, la semence dort ; mais elle germera en son temps. Il y a une force mauvaise contre nous, mais elle n’en dévorera qu’une partie. La canicule nous dessèche, mais elle ne nous détruira pas entièrement. Tant de choses à faire et tant de soucis, financiers, administratifs, matériels ou médicaux nous asphyxient presque et ne nous laissent plus respirer au souffle du Dieu vivant. Et pourtant il reste une bonne terre qui produira tant que toutes ces pertes seront compensées, annulées, oubliées.

 

Notre foi peut être sincère, jusqu’au jour où la mort d’un enfant nous révolte, nous brise, et nous ne pouvons plus croire à ce Dieu. Notre foi peut-être sincère, mais faire vivre une famille prend tant de temps et d’énergie que nous n’arrivons plus à venir au culte le dimanche ou à nous réserver un moment de prière. Et pourtant la parole est semée, silencieusement elle germe, et fera éclater la terre.

 

Le Seigneur est là, il nous bénit, il attend. Il attend que nos oreilles apprennent à écouter, notre cœur à comprendre. Il attend de nous guérir.

 

Il suffit d’un petit peu pour que Dieu fasse beaucoup. Celui qui a aura encore plus, et sera dans l’abondance, par le don de Dieu. Alors le temps passé à écouter Dieu n’est du temps perdu, au contraire, il donne trente, soixante, cent fois plus qu’il ne nous a coûté.

 

Nous avons un Dieu de grâce, un Dieu d’abondance et de fertilité, un Dieu de vie. Que toute la terre soit belle, et se couvre d’un fruit !

 

« La terre produisit de la verdure, de l’herbe porteuse de semence selon ses espèces et des arbres qui portent du fruit et qui ont en eux leur semence selon leurs espèces. Dieu vit : que c’est beau ! » (Genèse 1,12).

« Oui, je te bénirai, je te bénirai, je multiplierai, je multiplierai ta semence, comme les étoiles des ciels, comme le sable, sur la lèvre de la mer » (Genèse 22,17).

« Le fruit du juste est un arbre de vie » (Proverbes 11,30).

« Quant au fruit de l’Esprit, c’est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Galates 5,22-23).

« Car le fruit de la lumière est en toute bonté, justice et vérité. » (Éphésiens 5,9).

 

Amen !

Contact