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L’eau vive (Ézékiel 47,1-12)
Prédication du dimanche 27 septembre : temps pour la création 2026
J’ai vécu un an en Mauritanie, sur la façade Atlantique du Sahara, entre le Maroc, le Sahara occidental et le Sénégal. C’est un pays très sec, désertique. L’eau est rare. Les nappes phréatiques ne suffisent pas à alimenter la capitale, Nouakchott. Les gens qui en ont les moyens utilisent des citernes pour une réserve d’eau qui évite les ruptures d’approvisionnement. Des camions-citernes peuvent apporter l’eau, ce qui coûte cher évidemment. Les bidonvilles peuvent avoir l’électricité, le téléphone portable et même la télévision par satellite, mais rarement l’eau potable. L’Arabie Saoudite avait financé un aqueduc de centaines de kilomètres pour apporter à Nouakchott de l’eau du fleuve Sénégal. Au niveau mondial, un humain sur quatre n’a pas l’eau potable, soit 2,1 milliards de personnes.
Cela met en perspective nos petits problèmes de vigilance eau pour arroser les plantes. Pourtant nous avons senti la canicule cet été. J’ai vu des photos satellites étonnantes où la France cet été n’apparaissait pas verte, mais beige, tellement l’herbe était sèche. Il y a concurrence et conflits sur l’usage de l’eau avec la polémique autour des mégabassines que veulent certaines entreprises agricoles. Le réchauffement climatique signifie aussi des phénomènes météorologiques plus violents et contrastés, tempêtes, inondations.
L’eau est une ressource renouvelable et abondante sur notre planète. Mais à la différence des émissions de gaz à effet de serre, les problèmes de l’eau sont souvent locaux, car il est coûteux de transporter de grandes quantités d’eau. Certaines régions, certains pays, manquent cruellement d’eau ; et d’autres qui sont relativement épargnées peinent à prendre la mesure du problème. Je veux bien essayer de ne pas gaspiller l’eau chez moi ; mais cela n’ajoute pas une goutte d’eau à l’Afrique. C’est un problème de répartition de l’eau.
Au sujet de la quantité s’ajoute celui de la qualité de l’eau. La pollution de l’eau par les rejets industriels, les surplus d’engrais agricoles et de lisiers de l’élevage, les PFAS, les goudrons, les plastiques et microplastiques abîme ce berceau de la vie. Des algues prolifèrent et deviennent toxiques ou déséquilibrent l’écosystème. Les poissons meurent, les coraux meurent, les grands cétacés meurent. Depuis 50 ans, le nombre d’êtres vivants aquatiques a diminué de 85 %.
Le temps pour la création, initiative œcuménique et mondiale, a donc choisi cette année le thème de l’eau vive, en proposant cette belle vision prophétique d’Ezékiel 47. Ce torrent, ce fleuve de vie pourrait paraître bien idyllique et loin de notre réalité.
Or quand Ezékiel parle, il faut savoir que le peuple est en exil à Babylone, désespéré. Il offre cette grande vision du temple à un moment où le temple de Salomon à Jérusalem n’existe plus, rasé et brûlé par Nabuchodonosor.
C’est donc, au milieu de la destruction et de l’échec, une parole de vie, d’espérance pour un avenir, de guérison, de renouveau. Parole inouïe, extraordinaire que nous donne Dieu. Dieu donne d’imaginer le temple à venir.
Nos forces humaines sont bien près de s’avouer vaincues devant l’ampleur de la tâche. Et c’est là que Dieu intervient, le créateur de la vie, pour inspirer un nouveau souffle quand la culpabilité, l’impuissance et l’éco-anxiété nous envahissent et nous paralysent. Il est la vie.
La vision d’Ézékiel est surréaliste, et surnaturelle. L’eau coule depuis l’intérieur du temple : quel étrange endroit pour une source, et quel échec architectural ! À moins que la source d’eau vive ne soit la présence du Seigneur, symbolisée par le temple, le lieu de sa demeure – lieu symbolique puisqu’il n’y a plus de temple, sauf le temple de l’Esprit, notre corps et notre cœur.
Cette eau forme un ruisseau, puis un torrent puis un fleuve, ce qui pourrait sembler normal, jusqu’à ce que nous remarquions que le texte ne mentionne pas d’affluents, pas de ruisselets qui viendraient fusionner pour grossir le cours d’eau. Tout vient du temple. Et le fleuve s’élargit et s’approfondit très vite : mille coudées, c’est à peine cinq cents mètres ; c’est normalement sur des centaines de kilomètres qu’une rivière est devient un vaste fleuve. Les eaux elles-mêmes se multiplient, la vie abonde et s’amplifie. Cette eau est créatrice.
Tout aussi rapidement, surgissent des arbres là où apparemment il n’y en avait pas. Et cette eau a la propriété exceptionnelle d’assainir les eaux mortes, de dessaler la mer. C’est dire le miracle de Dieu. C’est dire l’abondance et la puissance d’une vie qui dépasse celle que nous connaissons aujourd’hui.
Comme Jésus dit à la Samaritaine :
« Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; celui qui boira de l’eau que, moi, je lui donnerai, celui-là n’aura jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira pour la vie éternelle. » (Jean 4,14).
La vie renaît, celle des animaux, qui sont appelés littéralement en hébreu comme en grec les êtres vivants, les vivants. Les poissons de toute la biodiversité frétillent et nourrissent les humains qui peuvent pêcher sans souci d’épuiser la ressource. Les arbres portent des fruits, là aussi, miraculeusement, non pas une fois par an voire deux fois pour les variétés remontantes, mais douze fois par an, chaque mois.
L’abondance des dons de Dieu nous dépasse. Et puis nous cessons de compter, d’analyser scientifiquement cette étrangeté pour nous laisser emporter par la poésie. Et c’est le mouvement de ce fleuve de vie. L’eau arrive aux chevilles, aux genoux, à la taille, elle demeure encore aux dimensions humaines ; mais bientôt elle monte plus haut que nous, nous ne pouvons que nager, que nous laisser porter par le fleuve infiniment puissant de Dieu.
Il est beau d’avancer en eau profonde, et de perdre pied, car oui alors c’est Dieu qui nous porte. Alors ce que nous pouvions faire humainement disparaît par la puissance de Dieu. Folie de l’homme qui pensait pouvoir sauver la planète à force de volonté et de volontarisme, tout en pressentant qu’il n’y arriverait pas. Mais quand nous entrons dans le fleuve, nous allons plus haut et plus loin, puis finalement nous sommes ramenés sur la rive, sains et saufs.
Ou entrons dans le fleuve comme une multitude de poissons, car dans cette eau nous pouvons vivre et grandir. Plongeons et nous n’aurons plus jamais soif. Nous ferons partie du fleuve, il sera notre maison avec toute la joie du mouvement de la vie et des vagues et de l’écoulement sans fin.
C’est comme un jardin d’Éden, mais tourné vers l’avenir, vers un monde encore plus beau qui va être créé.
Les lieux de mort sont changés en lieu de vie. C’est une image de guérison, de conversion. L’eau est aussi celle qui purifie, celle du baptême.
Ezékiel annonçait au chapitre 36 :
« Je vous aspergerai d’une eau pure, et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un souffle nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. » (Ezékiel 36,25-26).
Après avoir retrouvé l’espérance et la vie, c’est maintenant le temps de la décision et de l’action. Choisir cette vie nouvelle, choisir de boire l’eau vive qui jaillit, qui nous purifie et nous redonne cœur et souffle. Choisir de goûter à ce fruit qui nourrit, à ces feuilles qui guérissent, à l’arbre de la vie qui est le Christ.
Cette rivière, c’est le flot irrésistible de l’amour de Dieu pour nous, c’est l’Esprit saint qui nous entoure, nous soulève, nous inonde et se multiplie et se donne et se répand. Plongés dans cette eau, nous sommes régénérés.
Avec cette eau qui nous pardonne, qui nous restaure, qui nous désaltère, qui efface nos plaies, nous recevons la force de faire quelque chose pour nos frères et sœurs humains, pour nos frères et sœurs les vivants des milieux aquatiques, et pour toute la création qui dépend aussi de l’eau pour vivre.
Dieu nous donne l’espérance et la guérison, la vie qui explose comme un geyser, tant la puissance du Seigneur est une force de vie et d’amour en actes. Laissons-nous porter par son torrent de grâce ! Et dans la surabondance du cœur nouveau, toutes choses seront données, aussi simplement que la pluie du ciel.
Ezékiel 34 donne un promesse :
« Je ferai d’eux et des environs de ma colline une bénédiction ; j’enverrai la pluie en son temps, ce seront des pluies de bénédiction. L’arbre des champs donnera son fruit, et le pays donnera sa production. Ils seront en sécurité sur leur terre ; ainsi ils sauront que je suis le SEIGNEUR. » (Ezékiel 34,26-27).
Amen !
https://seasonofcreation.org/fr/